dimanche 6 janvier 2008

AP : 3. Rafale : Chapitre 11

11

On reporte souvent sur le passé une sorte de magie qui n'a rien à voir avec la réalité de ce qu'on a vécu mais est la simple prise de conscience de la fuite du temps et des deuils à faire

[J.M.G. Le Clézio

]

Plume : Désert Rose

Une fausse manœuvre à l’approche du territoire de Taegaïan et notre vaisseau a été projeté dans le désert. La Syhy Lytïl et moi, nous sommes fait prendre par un groupe que nous n’avons pu identifier. D’après mes connaissances de la culture de Plume, sans doute des nomades du désert vivant de la récolte du coton.

Réalité s’est fait blesser et nous n’avons aucune nouvelle d’elle. La Syhy Lytïl a tenté d’échanger quelques mots. Elle a paru se faire comprendre mais depuis, personne n’a accepté de nous adresser la parole. Nos agresseurs refusent le contact et se cantonnent à nous apporter à manger et boire deux fois par jours. Au bout de deux jours enfermés dans une grotte, nous avons été ligotés et poussés dans un chariot fermé comme de vulgaires marchandises. Par les fentes de la toile, je ne voyais que le désert comme ils appellent cette lande couverte de plantes herbacées roses qui paraît s’étendre à l’infini. Parfois, j’aperçois un homme monté sur une sorte de cheval avec un long cou et une bosse sur le dos où des femmes dans des tuniques légères. Quelques enfants ont tenté de grimper dans le chariot mais leurs parents les ont rattrapés avant que Dyasella puisse leur parler et ils ont reçu une raclée. Le soir, ils nous ont monté un abri. Sorte de toile ronde d’une matière élastique et lumineuse inconnue. Difficile à décrire. Nous avons songé à nous échapper, mais pour aller où ? Nous avons voyagé ainsi six jours avec de fréquents arrêts puis, nous avons atteints de nouvelles falaises et nous avons été enfermés dans une autre grotte. Je suis surpris de voir mes capacités d’adaptation. Après notre voyage, cette grotte fraîche m’a paru presque confortable. En plus, nos mains ont été déliées et j’ai pu me dégourdir les jambes. Quand je me suis réveillé le lendemain, je crois qu’un Adarii était près de moi. Je me souviens de quelqu’un parlant à voix basse avec un homme. Celui qui nous apporte habituellement à manger. Il m’a regardé ainsi que Dyasella qui le fixait, terrorisée. Je crois qu’il s’est approché et qu’il nous a parlé mais je ne me souviens plus de rien. J’ai demandé à Dyasella mais elle aussi se souvient qu’il était là mais il ne lui a pas laissé se souvenir de notre conversation. Même si je ne peux m’empêcher de passer des heures à tenter de me souvenir, quelque chose au fond de moi me dit que il valait sans doute mieux que j’oublie.

- Vous racontez votre vie à un bracelet contact Umia ?

- Syhy, je n’avais pas vu que vous étiez réveillée.

- Je me doute. Et, pour information, je vous répète que je n’ai pas perdu le contrôle du vaisseau. »

En effet, elle l’avait déjà dit. Si ce n’était pas une fausse manœuvre, cela voudrait dire que soit, les Adarii avaient les moyens d’établir un champ protecteur autour de leur territoire, soit il s’agissait d’un champ élaboré pas la confédération pour empêcher l’approche du territoire. Peu probable, ils avait établi un champ protecteur au niveau de la plate forme, c’était suffisant. Les Adarii aurait-ils acquis un tel niveau technologique ? Etonnant mais pas impossible, s’ils avaient repoussé les armées de la confédérations c’est qu’ils avaient des moyens supérieurs à nos connaissances. Restait aussi la théorie du gardien. Celui que Réalité avait nommé Annunaki. Il lui fallait réfléchir et ce lieu n’était pas propice à la réflexion, surtout avec Dyasella qui bougeait sans cesse. « Notre gardien préféré est à la porte » murmura Umia cachant par réflexe son bracelet avec son autre main. L’imposant garde avait déjà vu le petit appareil et lui avait laissé, sans doute ne savait-il pas ce que c’était. Il n’avait sûrement jamais vu de technologies de sa vie. Umia ne s’inquiéta donc pas à outre mesure et continua à chuchoter dans sa langue. « On l’appelle Taciturne car il ne dit jamais un mot. Je n’ose pas imaginer ce qu’il nous ferait s’il savait qu’on l’appelle ainsi. Probablement nous frapperait-il. Les gens d’ici utilisent la violence quotidiennement. »

Le garde s’approcha mais il passa devant lui et attrapa rudement Dyasella qui ne put retenir un cri.

« Lâchez-là » Ordonna Umia.

- Sinon quoi ?» répondit Taciturne dans la langue des Maÿcentres.

Umia blêmit entendant le garde parlant dans sa langue et resta un instant sous le choc tandis qu’il attachait les mains de Dyasella derrière son dos à l’aide d’une corde épaisse.

« Fais pas cette tête là » ajouta-t-il. « Je sais oui, tu imagines que je vais te frapper pour chaque connerie que tu as dit et que je suis un sauvage qui n’a jamais vu la moindre machine de ma vie ? Pas besoin de cacher ton bracelet, vu le satellite le plus proche, à part le décharger en larmoyant ta vie, il ne te sera d’aucune utilité et rassure toi je ne tiens pas à m’user le poing pour une vermine telle que toi».

Umia se recula tandis qu’il approchait mais il se contenta de lui prendre les mains et de les tirer vers l’arrière. « Pourquoi n’avez-vous pas dit que vous me compreniez ? La jeune fille qui nous accompagnait, qu’est-elle devenue ?

- Je ne l’ai pas dit car je n’avais pas envie que tu me bassines de questions comme tu es en train de le faire.

- Mais…

-Taisez-vous Sy Thaïs Umia.

- Syhy ?

- Ca ne sert à rien, vous n’obtiendrez rien de lui.

- Ecoute ta femelle et avance. » Le soleil après la pénombre de la grotte empêcha Umia et Dyasella de discerner le décors. Le garde les poussa à nouveau dans un chariot qui ne tarda pas à avancer. A force de contorsions, Umia arriva à tirer légèrement un pan de la toile du chariot avec l’épaule et ravala un cri de surprise. Approchez-vous Syhy, nous avons quitté le désert. La jeune femme se déplaça près d’Umia. « C’est magnifique. » S’exclama-t-elle

Ils avançaient sur une large allée de pierres grises et roses. Tout autour d’eux, se dressaient des bâtiments de pierre blanche. Quelques personnes les croisèrent, s’écartant d’un air méfiant. Le convoi ralentit à l’approche d’une montée un peu plus abrupte et finit par s’immobiliser devant le plus grand bâtiment. « C’est la villa Adarii » chuchota Dyasella. « Elle est bien plus grande que celle des Maÿcentres !

- Et plus belle.

- Je retire tout ce que j’ai dit » dit Dyasella,

Umia releva distraitement, réfléchissant à ses plans « À quel propos ?

- Je ne veux pas y aller, j’ai peur qu’ils nous fassent du mal.

- Je pense que s’ils voulaient nous faire du mal, ils n’auraient pas pris la peine de nous amener jusqu’ici. » La partie atteignait sa situation critique, il allait se retrouver devant les Adarii. Tout se jouerait sur cet entretien et Dyasella était en train de craquer. Avec un peu de chance, elle se tairait. Malheureusement, Umia ne pouvait tout miser sur cet espoir, la Syhy était imprévisible et il était impossible de lui faire comprendre que, pour une fois dans sa vie, elle devait faire ce qu’il lui disait.

« Si au moins nous pouvions savoir ce que nous avons dit à celui qui est venu. »

Et dire, qu’elle voulait venir seule. Heureusement, qu’il avait réussi à imposer sa présence, elle aurait fait n’importe quoi. « Parce que vous imaginez avoir dit quoi que ce soit ? C’est optimiste. Ils sont capables de sonder l’esprit et d’y découvrir vos secrets les plus intimes ».

Dyasella frissonna. Bien sur, elle y avait pensé mais elle n’avait pas envie qu’on lui rappelle ça maintenant. Umia sourit. Plus il arriverait à lui faire peur plus il y avait de chance qu’elle se comporte conformément à ce qu’il voulait. Les Adarii, n’aimait pas la peur. Ils devaient cerner que c’était lui qui commandait et non Dyasella.

« Nos intentions sont bonnes » se contenta-t-il de dire presque sous forme de question.

Le garde rabattit la toile du chariot les coupant dans leurs réflexions. Il tira violement Umia qui tomba presque par terre tandis que Dyasella évitait son bras pour descendre seule, plus dignement. Autour, quelques personnes s’arrêtèrent et se retournèrent vers ce pitoyable spectacle. Des voix s’élevèrent autour de lui et Umia n’eut pas besoin de connaître leur langue pour comprendre qu’elles n’étaient pas amicales. Le garde lança quelques mots plus forts et la foule se dispersa.

« Qu’ont-t-ils dit ? » murmura Umia en avançant.

« Des insultes je crois et Taciturne les a fait taire en disant que ce n’était pas à eux de les juger. Vous croyez que c’est pour ça qu’ils nous ont emmené ici ? Pour nous juger ? » Demanda Dyasella

Umia ne le croyait pas. Il pensait que le stratagème de Dyasella avait fonctionné et qu’ils étaient ici car Dyasella avait un bijou d’Orage. C’était suffisant pour qu’on les écoute. Mais, si elle avait peur d’être jugée, Umia ne la contredirait pas « Je le crois, en effet. » il insista « Vous connaissez le sens de la justice des Adarii ?

- Pas vraiment non.

- Moi si, il n’existe pas.

Plume : Cité de Taé : Taegaïan

« Et tu dis qu’ils viennent des Maÿcentres » chuchota Revanche.

« Exactement. La fille, il paraît qu’elle est Syhy. C’est une sorte de titre, un peu comme les représentants des villages »

Grésil se tassa plus fortement derrière le muret et appuya sur la tête de Revanche pour qu’il fasse de même. Ce n’était pas un espion, il ne savait pas comment s’y prendre. Les deux étrangers s’avançaient sur la grande esplanade

« J’ai manqué quelque chose ? »

- Tais-toi Chiffre et couche-toi. Tu connais Revanche ? C’est le fils de Sentiment.

- Je crois qu’on s’est déjà croisé mais pas officiellement. Très honoré Revanche fils de l’Adarii Sentiment.

- Tu feras des présentations dans les formes plus tard, pour l’instant cache-toi.

- Je ferais comme vous le désirez mais je pense qu’on peut approcher, il y a déjà de nombreuses personnes sur l’esplanade. »

Grésil dévisagea son ami. Décidément il n’y comprenait rien. Se montrer ôtait tout le piquant du jeu. Des espions restaient toujours dans l’ombre.

« Tu vois l’homme et la femme qui s’avancent vers la salle des doléances ?

- Oui, il paraît qu’ils viennent se faire juger.

- Pas du tout, ils viennent des Maÿcentres.

- Pour de vrai ?

- Oui, c’est Eclaircie qui est allé les interroger et il a ordonné qu’on les amène ici. Même que Laine a ramené leur vaisseau sur la plate-forme du désert.

- C’est le tout blanc pas joli ?

- Oui c’est ça.

Revanche intervint : « je ne suis pas sûr que vous ayez le droit de parler de ça à un enfant du peuple. »

Ce qu’il pouvait être barbant avec sa morale celui-là. « Je suis Annunaki Revanche, j’ai le droit de dire ce que je veux, à qui je veux, quand je veux. »

Chiffre attendit que le couple ait disparu à l’intérieur de la villa et reprit comme si de rien n’était. « Ils ne sont pas très impressionnants. Ils sont tout sales et mal habillés. La femme doit être jolie mais il faudrait qu’elle s’arrange un peu. »

Grésil ne tint pas compte de ses commentaires pourtant très pertinents. « Si on contourne par l’intérieur, on devrait pouvoir espionner derrière la salle des doléances ». Grésil pensa soudain qu’elle pourrait aussi y aller tout simplement mais c’était bien moins amusant. Elle lança un coup d’œil à Chiffre. Elle était consciente qu’il ne pourrait pas les suivre.

« Je vais du côté des falaises. Je dois en profiter, je commence mon apprentissage auprès de mon maître, le marchand Safran demain. Peut-être se verra-t-on tout à l’heure. »

Grésil acquiesça et fit signe à Revanche de la suivre. Ils se fondaient presque dans le mur, rampant tels des serpents et se glissèrent dans la villa

Plume : Cité de Tae : Taegaïan

Dyasella oubliait ses craintes, émerveillée par le spectacle qui s’offrait à elle. La salle dans laquelle on les avait fait entrer était la plus vaste et la plus belle qui lui fut donnée de voir. De grandes baies vitrées recouvertes de légers voiles brillants illuminaient les murs de pierres blanches dont les sculptures semblaient évoquer une fresque composée d’une multitude d’éléments tournée vers l’estrade au fond de la salle. Elle revint à la réalité entendant une porte claquer derrière l’estrade et s’arrêtant net tandis qu’un homme écartait les tentures avant de s’asseoir sur un large fauteuil de pierre recouvert de coussins. Un deuxième le suivit mais resta debout légèrement à l’écart Leur gardien s’avança résolument, s’arrêta à quelques pas de l’estrade et attendit qu’on lui adresse la parole.

Dyasella se tourna discrètement vers Umia : « Je pensais que le maître Prestance était une femme ?

- Oui, lui, c’est son frère, l’Adarii Glace ».

Dyasella se força à lever la tête et faire bonne figure malgré la peur qui montait en elle devant cette apparition. « C’est avec lui que vous travailliez sur Terre ? » dit-elle encore.

« Oui, » dit Umia avec un sourire.

Dyasella observait toujours à la dérobée celui qui avait engagé le dialogue avec leur garde. Elle percevait son air froid et autoritaire. « Glace » murmura-t-elle. Elle secoua la tête. C’est loin d’être gagné pensait-elle.

Le garde se tourna vers eux et de la main leur fit signe d’approcher. Elle songea à faire demi-tour et partir en courant. Pour allez ou ? Elle s’avança, ses pas glissant sur les dalles, jusqu’à la hauteur du garde.

Glace dit encore quelques mots au garde. Son maigre vocabulaire ne lui permit pas de comprendre, mais le garde paraissait aussi mal à l’aise qu’elle et, paradoxalement, elle reprit légèrement confiance. Il salua et se tourna vers Umia et elle-même et sortit un couteau beaucoup trop pointu. Dyasella frémit et recula imperceptiblement mais le garde ne parut pas s’en apercevoir. Il se rapprocha, attrapa Dyasella sans douceur et trancha ses liens. Elle se frotta les poignets tandis qu’il faisait de même auprès d’Umia. « Maître Glace consent à vous écouter » maugréa-t-il avant de s’éloigner par où ils étaient entrés.

Maître Glace pensa-t-elle. Ils n’avaient pas prévu ce changement. Elle ne savait pas pourquoi elle s’en inquiétait. Après tout Orage lui avait dit que c’était les jeunes qui dirigeaient Taegaïan peut-être l’ancien Maître avait-elle juste passé l’age. Ou peut-être s’était-il passé autre chose de plus grave ne put-elle s’empêcher de penser.

Umia s’était avancé, beaucoup trop confiant, et s’apprêtait à parler. Dyasella le retint par la manche. Cet abrutit allait commencer par faire un impair. Il s’arrêta, se reprit et attendit, tout comme elle, que le maître des lieux se décide à prendre la parole. Dans pareille situation, le temps semble s’arrêter. Il n’avait dû se passer que quelques secondes mais il semblait à Dyasella qu’elle attendait debout, immobile, depuis des heures. Des crampes la tiraillaient, le stress sans doute.

« Les frontières de Plume ne sont pas ouvertes aux mondes extérieurs ».

Au moins, il avait le mérite d’être clair et de parler dans la langue de la confédération aussi bien que s’il s’agissait de sa langue maternelle.

Umia avait pris la parole : « Adarii Glace, ou devrais-je dire Maître Glace, je vous remercie d’avoir accepté de nous recevoir. Je m’excuse d’avoir négligé vos lois. A vrai dire, nous n’étions pas certain de connaître les conditions en vigueur à l’heure actuelle sur Plume. Notre président ne nous a pas décrit vos frontières comme fermées.

- Ce qui se passe chez vous ne m’intéresse pas. Venez en au fait Sy Thaïs Umya.

- Umia. Comme vous imaginez, je n’ai pas gardé mon poste longtemps après votre départ.

- J’espère que vous n’avez pas fait tout ce chemin pour me relater votre déchéance Sy.

- Non, je suis venu vous voir car je sais qu’un jour, vous m’avez accordé votre confiance.

- Pour que vous preniez soins des ressortissants de Plume restés sur les Maÿcentres, pas pour que vous veniez empiéter sur les territoires de Plume.

- Synshy crie à qui veut l’entendre qu’il s’est approprié Plume et Saphir.

- Vous pouvez lui répondre que nous nous portons bien.

- Il a envahi Cashir et bloque les accès aux territoires Adarii.

- Il ferait mieux de les bloquer un peu mieux afin que nous n’ayons pas d’autres visites. Me donnerez-vous la raison de votre visite ? »

Glace s’était levé et Umia et Dyasella n’avaient pas pu s’empêcher de reculer. Dyasella voyait bien qu’Umia était mal parti. Elle devait faire quelque chose mais elle n’arrivait pas à articuler un mot, les idées se bousculaient dans sa tête, sans suite. Umia avait reprit :

« Nous voulons renverser Synshy et nous avons besoin de votre aide pour ça.

- Tu veux nous faire une petite révolution Umia ? Tu as besoin de ta petite vengeance à moins qu’il ne s’agisse d’un nouveau jeu ? Imagines-tu que nous n’ayons que ça à faire, qu’à s’occuper de satisfaire tes ambitions ?

- Je ne verrais pas les choses ainsi, mes ambitions sont à votre avantage. Le président vous hait autant que je le hais. Vous avez tout intérêt à vous débarrassez de lui.

- Nous n’avons pas besoin de toi pour le tenir à l’écart.

- C’est ce que je constate et j’en suis ravi mais ça ne suffit pas. Il vous enferme sur votre monde, je vous propose une ouverture.

- Parce que ta petite personne ambitionne de remplacer le président ?

- Non, j’ambitionne de garder cet honneur pour la Syhy Lytyl. »

Les yeux de Glace parurent devenir deux fentes bleues et froides fixant la jeune femme, la dévisageant avant de parcourir son corps des yeux. Dyasella frissonna.

« Dyasella, je vous connais, en un sens. Vous êtes quelqu’un de bien. Je vous souhaite réussite dans vos projets et vous conseille de vous éloigner d’Umia. Votre vaisseau est réparé et prêt à appareiller. Sy Umia, je vous souhaite bien du plaisir dans vos complots. Sortez maintenant.

- Réfléchissez, Synshy a pris la villa Adarii des Maÿcentres, il se prélasse dedans et l’appelle palais présidentiel, invitant n’importe qui à admirer sa victoire dans ses murs. »

Dyasella crut percevoir une ombre de surprise passer dans le visage froid et dur de Glace puis, il se rassit, souriant légèrement.

« Synshy dans la villa Adarii, voilà une information intéressante. J’en prends note. Dois-je vous répéter de sortir ?

- Ne comptez-vous rien faire pour remédier à cette situation ?

- Je ne compte rien faire avec toi Umia. Rien avec toi. »

Glace s’était levé et s’éloignait par où il était arrivé.

« Attendez » lança Dyasella. Glace se retourna et lui lança un regard glacial. Cette idiote allait tout gâcher songea Umia. Dyaselle se sentit rougir et frissonner en même temps, elle ne savait plus pourquoi elle l’avait interpellé et ne savait plus quoi dire. Elle se contenta de tomber à genoux et les mots sortirent de sa bouche sans qu’elle le veuille.

« J’ai aussi une doléance à formuler.

- Et pourquoi l’écouterais-je ?

- Je ne vous demande pas de l’écouter, ma requête est adressée à l’Adarii Orage ».

Glace hésita et se crispa soudain. Dyasella se sentit encore plus mal. Jamais elle n’aurait dû demander une telle chose. S’il refusait, sa demande était inutile et s’il acceptait ! S’il acceptait, jamais elle n’aurait le courage de se retrouver face à Orage.

« Orage et mort et je tiens les mondes extérieurs responsable de sa disparition.

- Raison de plus pour vous venger » lança Umia.

Comment pouvait-il en profiter pour surenchérir alors que le monde s’écroulait autour de Dyasella. Pourquoi parler encore de Synshy ? Quel intérêt cela pouvait-il avoir ?

« Je suis désolé ».

Dyasella pensait que c’était Umia qui avait prononcé ces mots avec tant de douceur pourtant, quand elle tourna la tête c’est Glace qu’elle aperçut.

« Partez maintenant » ajouta-t-il plus doucement.

« J’exige un entretien avec l’Adarii Pluie ou l’Adarii Tempête ».

Jamais Dyasella ne s’était mise en colère avant ce moment et elle avait du mal à reconnaître sa voix.

Glace s’était approché d’elle, descendant de l’estrade, le dominant de toute sa hauteur.

« On n’exige pas devant les Adarii.

- Et on ne parle pas ainsi à la Syhy Lytil. » Dit-elle croisant les bras. Elle n’avait plus peur. Le peur était pour ceux qui craignait de perdre quelque chose. Elle n’avait plu rien à perdre « J’en réfère aux liens du cœur du peuple de Plume. J’ai droit à cet entretien. »

Glace hésitait. Dyasella attendait. Elle avait le temps. De toute façon, plus rien n’avait d’importance, c’était la quête d’Umia. La sienne avait pris fin au moment ou Glace lui avait appris la disparition de celui qui avait été son amant. Les plus belles années de sa vie avaient éclatée en mille morceaux, comme autant de fines aiguilles qui transperçaient son cœur. Ce n’était pas pour renouer avec Orage qu’elle était venue. Il faisait partie d’une partie de sa vie qui était révolue. Mais alors pourquoi cela faisait-il si mal ? Glace ne répondait pas. Dyasella leva les yeux vers lui. Elle reconnut cette expression si particulière et comprit qu’il communiquait avec quelqu’un.

« Les liens de cœurs n’existent pas entre le peuple et les Adarii » finit-il par dire « mais ma sœur consent à t’accorder ta requête et tu ferais bien de te calmer avant de te trouver en sa présence, elle n’a pas à supporter tes émotions dévastatrices. Quant à vous Sy Umia, on va vous reconduire à votre vaisseau.

Plume : cité de tae : Taegaïan

Umia avait cru que Dyasella devenait folle à faire preuve d’une telle audace mais il devait avouer que sa stratégie avait payé. A condition qu’il s’agisse d’une stratégie réfléchie et non d’une impulsion irréfléchie. Il devait gagner du temps. Trouver un moyen de parler seul à seul avec Dyasella pour préparer son entretien. « Je vous en remercie » dit-il « nous repartirons dès que nous aurons retrouvé Réalité.

- Qu’avez-vous dit ?

- Réalité, il s’agit de la jeune femme qui nous accompagnait.

- Celle qui vous accompagnait est Réalité, la fille du maître Cyril de Cashir ?

Oui » dit-il ne sachant que dire d’autre. Il savait qu’elle avait une position élevée en Cashir mais jamais, il n’avait pensé qu’elle puisse être connue des Adarii.

« Voilà une excellente nouvelle ». Glace claqua deux fois dans les mains et un domestique apparut sortant d’une pièce adjacente.

Ils discutèrent quelques minutes tandis qu’Umia essayait désespérément de saisir quelques mots de cette langue inconnue puis le domestique s’approcha d’Umia.

« Il va vous reconduire au vaisseau » dit Glace

Umia sentit un froid intense le parcourir. « Mais Réalité » cria-t-il.

« Elle est de Plume, elle reste sur Plume.

- Je ne partirais pas sans elle.

- Ho si vous allez partir et si vous croisez Cyril, dites lui qu’on a quelque chose qui lui appartient et que si lui aussi a quelque chose qui nous appartient je pourrais consentir à un échange. »

Umia ne voulait pas, pourtant il se retrouva à faire marche arrière et à suivre le domestique de la villa. Il aurait voulu crier mais il ne commandait plus ses muscles, il n’était plus qu’un pantin incapable d’un autre mouvement que celui imposé par Glace et chaque pas l’éloignait de Réalité.


Maïcentres : colline du conseil

Quand Accalmie s’éveilla, tout était noir autour de lui. Il essaya de s’asseoir mais ses mains étaient coincées dans son dos. Il tenta d’ouvrir les yeux mais un bandeau lui bloquait la vue. Son angoisse remonta au fur et à mesure qu’il retrouvait la mémoire : il avait braqué un vaisseau et obligé le pilote à décoller. Il n’avait pas de but précis. Il lui avait demandé de l’emmener sur les Maÿcentres. S’en était suivi trois jours de voyages durant lesquels il n’avait pu ni manger ni dormir car la navette ne contenait pas de nourriture et qu’il devait maintenir son attention sur le pilote. Ce dernier avait été soumis au même traitement. C’était stupide et irréfléchi. A l’arrivée, ils étaient dans un tel état de faiblesse qu’il n’avait rien pu faire. Les codes d’identification étaient faux, on l’avait cueilli dès l’atterrissage. Combien de temps était-il resté inconscient ? Il se souvenait avoir été drogué, s’être réveillé, avoir été malade dans un espace confiné qui bougeait, ensuite, il ne se rappelait plus. Il arriva à s’asseoir à force de se tortiller et s’appuya contre le mur. Il était froid. Accalmie frissonna. Il se rendit compte qu’il était torse nu.

Après réflexion, il se souvenait une conversation. Il y avait deux personnes. Il tenta de se remémorer. Une voix grave, un homme et une voix très aigue, comme une scie sur du métal. Ils parlaient dans la langue des Maÿcentres. Au départ, il n’avait rien compris puis, il s’était forcé à se calmer, se concentrer. Il s’était remémoré ses cours, il avait appris cette langue. Son professeur disait toujours qu’il avait un don prodigieux pour les langues quelqu’elles soient. Sans disant grâce à son environnement pluriculturel : une mère italienne, Mike Américain et vivant en France, une quatrième langue était facile à intégrer.. C’était juste la peur qui lui faisait perdre ses moyens mais il ne devait pas leur donner le plaisir d’éprouver de tels sentiments. Arrivé à cette conclusion, le discours avait parut s’éclairer et il avait compris le sens général. Ils avaient parlé de la planète Plume, ils pensaient qu’il venait de là-bas et lui avait enlevé sa chemise car ils cherchaient un tatouage, après leurs discours devenaient incohérents et il avait du mal à s’en souvenir.

« Enfin réveillé. Nous avons sans doute forcé un peu les doses. Vous n’êtes pas résistant. »

Par réflexe, Accalmie se tourna vers la voix mais n’en aperçut pas d’avantage.

« Qui êtes-vous, que me voulez-vous ? »

Il avait compris que l’homme s’adressait à lui dans la langue des Maÿcentres mais, sans doute encore abruti, il avait répondu en français, par réflexe. Il allait se reprendre mais se ravisa. Autant les laisser croire qu’il ne pouvait pas communiquer.

La voix de crécelle se mit à brailler. « J’ai des informations qui dépassent tout ce qu’on pouvait imaginer.

- Quoi ?

- Il est enfin réveillé lui ?

- A l’instant oui.

- Il a parlé ?

- Il a dit quelques mots mais, vu son élocution, il n’est pas encore très clair. Alors qu’as-tu découvert ?

- J’ai la traduction de ses papiers.

- Et ?

- Son nom, c’est Gentry.

- Comme le responsable d’Archuleta ?

- Exactement.

- Comment est-ce possible ?

- Je vous avoue que ça me pose problème. Je vois deux solutions soit Gentry a fricoté avec une Adarii. Soit les Adarii leur ont confié un de leurs enfants. D’un coté comme de l’autre les Gentry sont impliqués.

- Pourquoi dis-tu « les » Gentry ?

- Parce qu’il y avait aussi le fils du général qui était impliqué dans le projet d’Archuleta. Il peut aussi s’agir d’un hasard. Ce nom est assez répandu.

- Je ne crois pas aux hasards. Ca ne leur suffisait pas d’avoir imposé Glace là-dedans. Ses sales petites fouines avaient trouvé des alliés sur place.

- Apparemment oui et ce n’est pas tout.

- Pour son petit nom, j’ai eu plus de mal. Il s’appelle Lull.

- Traduction ?

- Justement, celui qui se chargeait de la transcription des papiers n’a pas cherché de traduction puisque les noms Terriens n’ont pas de signification. C’est ça qui m’a pris un peu de temps, je suis allée fouillée moi-même. Et j’ai fini par trouver. C’est de l’anglais. Ca exprime le calme après la tempête, quand tout d’un coup, le vent tombe. L’Accalmie

- Nom relatif au climat, Taegaïan. Et ne me dit pas qu’il peut encore s’agir d’un hasard.

- Je ne me le permettrais pas.

- Je ne me laisserais pas faire par cette petite ordure. Que faisais-tu sur Terre ? Que manigancent les Adarii, qui sont tes parents ? »

Accalmie resta interloqué devant cette colère soudaine. Il avait du mal à suivre leur conversation et les allusions à Mike ne le rassuraient pas.

« Traduis Dya » continua-t-il du même ton avant que Mike ne puisse dire un mot.

« Nous souhaitons savoir ce que vous faisiez sur Terre ?

- J’habite sur Terre, j’y ai toujours vécu, vous pouvez vérifier. »

La femme traduisit et ils marmonnèrent quelques mots à voix basse avant de reprendre. « Qui sont vos parents ? »

Accalmie se mordit les lèvres. Et s’ils s’en prenaient à ses parents ? D’un autre coté, ils le sauraient assez vite. « Mon père s’appelle Mike Gentry. Il est Américain et ma mère Hélène Giolani. Elle est Italienne. Je vis dans une petite ville française près de l’Italie et je n’ai rien fait. »

L’homme attendit la traduction et s’esclaffa d’un rire pervers. Cette petite ordure, s’infiltre dans la base ne faisant qu’une bouchée de nos systèmes de sécurité, s’empare d’un de nos pilote et le force à le conduire ici mettant sa santé en péril. A peine arrivé et il frappe les gardes chargés de l’interpeller et il dit qu’il n’a rien fait. Dis-lui que si il se moque encore de nous, on s’en prend aux Gentry et à l’autre aussi qui que ce soit. Maintenant, je veux savoir qui sont ses parents.

- Non » hurla Accalmie.

L’incrédulité remplaça un instant la colère chez le président puis cette dernière reprit le dessus déferlant comme une vague sur Accalmie. Il chercha a utiliser les techniques que Thibault lui avait montré pour se protéger des émotions des autres mais c’était trop fort.

« On est en train de s’emmerder à traduire alors que cette calamité nous comprend très bien.

- J’ai appris votre langue à l’école mais je ne saisis pas tout. »

Dya traduisit et l’homme se calma un peu.

« Tes parents ? »

Accalmie ne répondit pas cherchant comment s’en sortir

« Tes parents » hurla-t-il.

« Ma mère s’appelle Hélène Giolani, elle a épousé Mike Gentry qui m’a adopté. Mon père s’appelait Espoir Taegaïan Je ne sais rien de lui, ma mère m’a juste dit qu’elle l’avait rencontré en vacances et qu’elle ne l’avait jamais revu. J’ai cherché à le retrouver sans résultat. Je pense que ce devait être un faux nom.

- Ca se tient

- Tu plaisantes Dya, tu ne vas pas croire pareilles inepties.

- Non. Espoir ça se tient. Il passait sa vie de débauche à fouiller partout et à pervertir les filles. Le reste, je pourrais y croire mais pas avec Mike Gentry en plus.

- Nous pouvons capturer Mike et cette Hélène pour les faire parler.

- Vous oubliez le père Gentry, il a des relations et connaît beaucoup trop de choses. Dangereux de toucher aux Gentry.

- Alors nous embarquons le père aussi

- Risqué, très risqué.

- Alors quoi, tu veux te battre contre Accalmie ?

- Nous pourrions les inviter ?

- Qui, quoi ?

- Jack et Mike Gentry et pourquoi pas la femme s’ils sont mariés. Après tout, le général Gentry avait été désigné par le président Eysky comme devant être ambassadeur Terrien. Nous pourrions remettre ça au goût du jour. Ou en tout cas, l’inviter pour en parler. Hors de leurs frontières il sera plus discret de les recevoir à notre façon.

- J’aime bien ta façon de voir les choses Dya. Et s’ils refusent de parler ?

- Si les Gentry refusent de parler nous les menaçons de nous en prendre à Accalmie.

- De même, si Accalmie refuse de parler nous le menaçons de nous en prendre aux Gentry.

- Faisable.

- En attendant, que faisons-nous de lui ?

Plume : cité de Tae : Taegaïan

Dyasella était dans un autre monde. Plus rien n’avait de sens pour elle. Elle avait fini par se prendre aux rêves d’Umia et il avait viré en cauchemar. A quoi s’était-elle attendu. Elle s’était retrouvée enfermée pendant plus d’une semaine et maintenant le magnifique salon dans lequel elle se trouvait lui semblait irréel. Elle se prit à faire ses propres rêves, des rêves dans lesquels Orage venait à elle, dans lesquels il était vivant et qu’il s’enfuyait avec elle. Elle s’essuya une larme au coin de l’œil et se retourna. Pluie était dans la pièce. Elle se tenait debout, bras croisé face à elle.

Pourquoi avoir demandé à parler à Pluie ? Elle n’en savait rien, juste parce que c’était la seule avec qui elle pourrait avoir un entretien mais maintenant, tout cela lui semblait vain. C’était Glace qui avait raison, s’ils étaient venus c’était pour satisfaire de mesquines petites vengeances. Et pas les siennes, celles d’Umia uniquement

« Que veux-tu ? »

Dyasella serra les dents. Elle n’avait pas imaginé avoir plus de pitié de la part de Pluie que de Glace.

AP : 3. Rafale : Chapitre 10

10

Ce qu'il nous faut faire pour permettre à la magie de s'emparer de nous c'est chasser les doutes de notre esprit. Une fois que les doutes ont disparus, tout est possible

[Carlos Castaneda]
La roue du temps

Maÿcentres : Colline du conseil

- Pas si sur. » C’était une voix aigue, trop. Les mots vrillaient le cerveau d’Accalmie. Une voix très grave lui répondit « Comment, pas si sur ?

- Certains détails sont troublants.

- Parle

- Il avait toutes sortes de papiers sur lui, comme ceux dont les Terriens raffolent.

- Et alors ? Penses-tu sincèrement qu’il aurait du mal à s’en procurer ?

- Oui, je pense qu’il aurait du mal, même lui, mais je conçois que c’est faisable. Je constate juste que c’est beaucoup de complications pour pas grand-chose.

- N’as-tu rien de plus consistant pour me convaincre ?

- Son dos est net, il n’a pas de dessins.

- De dessins ?

- Oui de gravure plutôt. Sur Plume, les gens sont marqués en piquant de l’encre sous la peau.

- Bande de sauvages.

- Oui mais pratique car dans un simple dessin, il est possible de savoir d’où ils viennent et ce qu’ils font.

- Comment ?

- Sorte d’idéogramme dont la base indique le territoire d’appartenance et se complexifie en ajoutant, suivant les cas, le statut du parent dominant, le sien, voire son nom parfois et leur allégeance évidemment.

- Les Adarii en ont un aussi ?

- Oui, la base indique le territoire mais ensuite il y a une spécificité pour préciser la cité et la caste Adarii.

- Et lui, ne l’a pas ?

- Voyez par vous-même.

- Il est peut-être autre part.

- Pas vu.

- Viens en au fait Dya, je sens bien que tu as une idée derrière la tête.

- Une simple hypothèse.

- Je t’écoute.

- Imaginons que certains Adarii aient eu des fâcheuses tendances à traîner sur Terre. Ce dont nous savons déjà être exact. Imaginons qu’ils aient perverti certaines filles Terriennes, ce qui est tout à fait leur style. Serait-il insensé d’imaginer que le résultat puisse être ça ?

- Les Adarii ne peuvent pas se reproduirent avec les autres races.

- Avec nous, non. Avec les Terriens, nous l’ignorons. Après tout, l’un comme l’autre sont des peuples très primitifs.

- Tu me poses une réflexion assez troublante. Cela voudrait-il dire qu’il pourrait ne pas savoir qui il est ?

- Je ne sais pas.

- Et que ceux de Plume pourraient ignorer son existence ?

- Théoriquement non. Les parents sont liés télépathiquement à leurs enfants, ils ne peuvent les ignorer à moins que…

- A moins que ?

- Qui aurait pu traîner sur Terre, il y a une quinzaine d’années ?

- N’importe qui, et beaucoup trop de monde à mon goût. En plus, dans ce cas, ils l’auraient récupéré.

- A moins que le parent ait été dans l’incapacité de le récupérer.

- Les Adarii, tant qu’ils ont une parcelle de vie, ils sont capables de tout, surtout du pire. »

Le silence envahit la pièce.

- Tant qu’ils ont une parcelle de vie » répéta la voix suraiguë

« Développe.

- Je pense qu’il est possible que la navette qui a négligemment explosé, il y a de cela une douzaine d’année aurait pu faire des petits.

- Calme Azlan ?

- Calme, Espoir, ou même Tendresse, je n’exclue pas la possibilité qu’une femme mette un enfant au monde et s’en débarrasse sur Terre. Leur cruauté n’a aucune limite.

- Non, ils tiennent à leurs enfants, ils en ont peu et en ont besoin sauf si…

- Sauf si… ?

- Sauf si ils ont fait un gosse et l’ont laissé délibérément sur Terre pour en faire un espion.

- Ce n’est pas à exclure. J’ai envoyé ses papiers pour analyse, un traducteur devrait aisément nous les expliquer.

- Pourquoi ne t’en es-tu pas occupé toi-même ? Je ne tiens pas à ce que cette affaire s’ébruite

- Je ne connais pas cet alphabet

- Tu n’as pas expliqué au traducteur de quoi il s’agissait ?

- Bien sur que non.

- Bien, moins il y aura de gens connaissant son existence, mieux on se portera. Combien, de temps la drogue fait-elle effet ?

- Elle ne devrait pas tarder à se dissiper. Il est possible qu’il nous entende déjà mais devrait rester un moment encore paralysé.

- Dans ce cas, nous restons ici, tu me serviras de traducteur

Terre : France

« Tu ne me culpabiliseras pas Hélène. Je lui avais dit de ne pas y aller. Je l’avais prévenu mais il ne m’a pas écouté. C’est son arrogance démesurée qui l’a poussé à imaginer qu’il pouvait vaincre les Maÿcentres à lui tout seul. »

Thibault n’avait pas passé la journée dans l’avion juste pour se faire engueuler par Hélène. C’était une furie cette femme et en ce moment, il avait encore plus de mal à supporter ses sentiment ravageurs. Il n’était pas venu pour Hélène mais pour Mike. Il s’inquiétait pour lui. Il avait beau essayer de s’éloigner de lui, les craintes de Mike concernant celui qu’il considérait comme son fils le touchait profondément.

Hélène avait repris sa litanie :« Tu es inconscient, pervers, cruel. Pourquoi l’avoir enlevé ? Pour te complaire à imaginer que tu avais du pouvoir sur ce gosse pour te venger de sa sœur. C’est ça ? Bien sur, Mike m’a raconté tes altercations avec Pluie. Après toutes ces années, tu te fais renvoyer d’une façon bien méritée et tu lui en veux toujours.

- La ferme Hélène, tu parles de choses dont tu ignores tout

- Alors explique-nous.

- Pluie est une peste, c’est vrai, et j’avais un certain plaisir à imaginer sa réaction si elle me savait en bon terme avec son frère. Et puis, merde, je l’avoue, ça ferait du bien à ce petit peuple arrogant de se prendre une bonne gifle et d’un coté, je souhaite de tout mon cœur que Synshy leur ait fait ravaler leur fierté. D’un coté seulement mais…

- Mais quoi ?

- Mais jamais je ne pourrais leur faire de mal. Ils ont quelque chose qui m’appartient.

- Quoi ?

- Et puis, bas les masques, ce que tu ne sais pas, c’est que si Espoir pondait des gosses un peu partout ce n’est pas juste parce que c’était possible, c’était parce que c’est mieux. A force de rester toujours entre eux, ils ont de plus en plus de difficultés à se reproduire. Il venait chercher des nouveaux gènes afin de renouveler le stock, si on peut dire. Quand on voit Pluie, on ne peut pas dire que ce soit une réussite, d’un autre coté, quand on voit sa mère, on comprend. Emma est complètement frappée. Bref, là n’est pas la question. Pluie est une peste mais elle est loin d’être la pire.

- Que veux-tu dire ?

- Sentiment.

- Quoi sentiment ?

- Je t’en ai parlé, quand je suis allée faire ces recherches, il y avait Pluie, Tempête et Sentiment.

- Oui et alors ?

- Sentiment était belle, elle était séduisante et elle était d’accord.

- Et elle t’a jeté, je sais. Elle avait raison.

- T’es bouchée toi. Je fais une obsession sur Plume parce que j’ai un gosse à moi là-bas.

- Pardon ?

- C’est la vérité. J’ai un fils chez les Adarii.

- Si tu veux mon avis, vu ton comportement, tu dois avoir pleins de rejetons partout. »

Thibault ignora la remarque d’Hélène et se tourna vers Mike. Lui aussi était sceptique. « Mike, tu sais que c’est vrai. Si je mentais tu le saurais.

- Ecoute, je conçois que c’est possible, mais c’est absurde. Nous n’avons plus aucun contact avec eux. Même c’était vrai, tu ne pourrais pas le savoir.

- Mike, c’est moi ! Je ne suis pas comme cette tarte d’Hélène, je suis télépathe, tout comme toi. Je le sens ce gosse. Je ne l’ai jamais vu mais je le sens en moi. Je ne sais pas son nom mais je sais que c’est un garçon. Quand il est triste je le sais et quand il s’amuse, ça me fait plaisir. Parfois, je me réveille au milieu de la nuit parce qu’il a peur et il doit le savoir car j’ai l’impression de pouvoir l’apaiser je ne sais pas comment. Parfois, j’ai l’impression qu’il m’appelle. Ce n’est pas un vrai appel comme tu peux le faire, c’est juste une sensation de manque alors, je lui dis que je suis là et il est content. C’est,… je ne sais pas, c’est magique.

- Tu vas me faire pleurer » lança Hélène rompant le silence par ses sarcasmes.

« Toi, évite de te mêler de chose que tu ne comprends pas. Ton gosse faisait des expérimentations mentales sur ses petits camarades et tu ne t’en es même pas rendue compte alors, ferme là jusqu’à ce que tu atteignes le centième du potentiel que je possède.

- Je ne te permets pas de me parler ainsi.

- Ecoutez là, miss petite bourgeoise, à se trémousser dans ses petits tailleurs et talons plats en épouse parfaite. Je te préférais dans tes robes de cuirs moulantes, quand tu te faisais sauter par Espoir. »

Mike attrapa au vol la main de sa femme.

« Tu ne vas pas le laisser me parler ainsi. Fais quelque chose Mike ?

- Vous ne croyez pas qu’il y a plus urgent que se battre pour l’instant. Je vous rappelle que notre fils s’est fait enlever. Notre seul but maintenant doit être de le récupérer.

- Ce n’est pas ton fils et ce ne le sera jamais et il ne s’est pas fait enlevé, il est parti. Puisque c’est comme ça, demmerdez-vous sans moi, j’ai autre chose à faire.

Plume : Désert Rose

« Où suis-je ? » C’était plus une plainte qu’une question.

Umia se rapprocha légèrement de Dyasella. « Vous allez bien ?

- Je crois » dit-elle, cherchant à se relever. « Non, j’ai mal à la tête. Où sommes-nous ?

- Je ne sais pas, nous sommes enfermés.

- C’est la nuit ?

- Non, il y a de la lumière qui filtre sous la porte. »

Dyasella tenta encore de se relever et parvint à s’appuyer contre le mur. Ques s’est-il passé ?

- On s’est écrasé dans le désert. J’ai aperçu des hommes approcher, montant des animaux étranges et je me souviens plus. Je pense qu’on m’a frappé.

- J’ai soif.

- J’ai vu une cruche d’eau mais je ne garantis pas sa propreté.

- Je m’en fiche » dit-elle en se traînant dans la pénombre jusqu’à la table pour boire à même le récipient.

« Y a quelqu’un ? » cria-t-elle s’essuyant d’un revers de manche.

Seul le silence lui répondit.

« Ils sont là » chuchota Umia. « J’ai vu des ombres passer derrière la porte. Je crois que quelqu’un est entré, il y a déjà un moment. Quand je me suis réveillé, j’ai entendu des voix auprès de moi.

- Et Réalité ?

- Je ne sais pas, elle n’est pas là. Elle était blessée quand nous nous sommes écrasés ».

Umia avait tenté de mettre dans sa voix beaucoup moins de craintes qu’il n’en ressentait. Il n’était pas sûr d’y être parvenu. Malgré un mauvais départ, le voyage avait été facile. Trop facile. Dyasella était beaucoup plus impulsive que lui. Umia aimait dresser des plans, contrôlait les variables, imaginer les risques, élaborer les scénarii possibles et ensuite seulement, se lancer. Dyasella commençait par se lancer et réfléchissait aux conséquences ensuite. Umia découvrit vite qu’elle avait décollé pour Plume sans anticiper le moindre risque. Ils avaient passé plusieurs heures à ce disputer à ce sujet et Umia avait dû admettre que, si elle manquait de préparation, sa position prestigieuse remplaçait avantageusement le meilleur plan et il s’était félicité de l’avoir choisie pour ses affaires. Arrivée sur la plate-forme de Saphir, elle avait dit, avec un culot étonnant et une formidable capacité d’improvisation, qu’elle était la Syhy Lytyl et qu’elle en avait assez de se contenter des soieries que les entrepreneurs daignaient importer jusqu’à Vengeance. Elle voulait les choisir elle-même, autorisation ou pas. Elle avait vu les tissus importés par Marcus Substance, ils ne ressemblaient pas à ceux qu’on trouvait sur les Maÿcentres, elle voulait choisir à la source. Le responsable de la plate forme avait finalement trouvé un compromis. Il avait autorisé la Syhy à suivre un vaisseau qui l’accompagnerait sur Plume. Pour sa sécurité, elle ne devait pas rester seule. Elle avait suivi le vaisseau d’un entrepreneur jusqu’à la planète rose. Il ne faisait aucun doute qu’il la conduisait vers la campagne libre de Cashir. Arrivée dans l’atmosphère de la planète, elle avait viré brusquement vers le désert en simulant un problème technique par une conduite erratique, elle avait ainsi atteint la mer pour ensuite suivre la cote jusqu’à apercevoir des forêts luxuriantes. « Ce doit être les forêts d’Arkae » avait fait remarquer Réalité. « Si les plans de mon père sont exacts, l’oasis de Taegaïan devrait être juste derrière ». En effet, ils l’avaient repéré facilement, petit point de verdure entre le désert rose et l’océan. Dyasella avait viré dessus sans se préoccuper de ses poursuivants, puis il s’était passé quelque chose. Difficile à expliquer, Dyasella avait perdu le contrôle et le vaisseau avait été expulsé. Umia avait juste eu le temps de voir le vaisseau de ses poursuivants faire demi-tour tandis qu’ils s’écrasaient dans le désert. Il n’aurait su dire si tout cela s’était passé quelques heures auparavant ou si plusieurs jours s’étaient écoulés. Il avait perdu conscience. Quand il avait repris ses esprits, il faisait nuit. Dyasella était en état de choc et Réalité. Réalité, repensa Umia sentant de nouveau son estomac se tordre d’inquiétude. Il avait cru qu’elle était morte. Elle avait été projetée à l’avant sur les commandes. Elle avait une sérieuse blessure à la tête et avait perdu beaucoup de sang. Il avait tenté de la faire revenir à elle, sans succès. Quand, à l’aube, il avait aperçu des hommes venant vers eux, il s’était précipité à leur rencontre les suppliant de l’aider.

C’était trop demander car le souvenir suivant était quand il s’était réveillé dans cet espace trop petit, enfermé avec Dyasella et sans Réalité.

Dyasella s’était remise à hausser la voix dans une langue inconnue.

« Vous connaissez leur langue ?

- Quelques mots ».

Cela parut suffire car la porte s’ouvrit sur un homme de carrure imposante. Umia eut le temps de distinguer d’autres personnes par l’ouverture puis la porte se referma.

Il dit quelques mots à Dyasella d’un ton autoritaire malgré la légèreté de la langue de Plume. Dyasella répondit, hésitante, cherchant ses mots. Umia saisit plusieurs fois le terme Adarii cité par chaque protagoniste. « Demandez-lui où est Réalité ? » Dyasella fit signe à Umia de se taire, se concentrant pour comprendre l’homme qui lui faisait face. Elle dût dire quelque chose qui lui déplut car il haussa le ton. Dyasella ne recula pas, même quand l’homme sortit un couteau qu’il pointa sur elle. Elle ôta une chaîne de son cou et la lui jeta littéralement à la tête. Il l’attrapa au vol, jeta un œil au pendentif, puis à Dyasella et la pointa de nouveau de son couteau. Elle sourit, dit encore quelques mots. L’homme la détailla de haut en bas, ferma le poing autour du pendentif, fit tourner son couteau puis repartit en prenant bien soin de refermer la porte derrière lui.

Umia fixa Dyasella retenant un sourire. C’était mieux que tout ce qu’il avait pu espérer. Dyasella pouvait communiquer avec eux. Le pendentif de Dyasella devait vouloir dire quelque chose, tout comme le message qu’il avait eu de Glace qui lui avait permis d’approcher Cannelle. Il était facile de savoir d’où elle tenait ce bijou. Orage bien entendu. « Pas un mot » lui dit Dyasella pour lui faire comprendre qu’elle n’admettrait pas de réflexions à ce sujet.

Umia était cependant trop diplomate pour se le permettre, il en vint à l’essentiel : « Que vous a-t-il dit ?

- Je n’ai pas tout compris, il a demandé nos noms et ce qu’on faisait ici. J’ai tenté de lui dire qu’on venait en ami et qu’on devait voir le Maître Prestance de Taegaïan mais je ne suis pas sur qu’il ait compris.

- Vous lui avez demandé pour Réalité ?

- Oui, mais il n’a pas répondu.

samedi 5 janvier 2008

AP : 3. Rafale : Chapitre 9


9

La magie sait être l'expression des sagesses les plus hautes comme celles des plus terribles folies

Philippe cavalier

Maïcentres : Colline du conseil

La soirée était grandiose. Une salle somptueuse regorgeant de plantes rares, d’immenses bouquets de roses noires, et, pour la couleur, des milliers de prismes reflétaient la lumière de minuscules projecteurs colorés. Le président Synshy lui-même était présent. Umia avait hésité à lui présenter ses respects, puis avait préféré s’arranger pour l’éviter. D’abord, il n’avait aucun respect envers lui et surtout, il était important qu’il se fasse remarquer le moins possible. Sur l'estrade, défilaient des hommes et des femmes en tenue d'apparat, un masque d'or sur le visage, tandis qu'une voix diffuse récitait les spécificités des formes, motifs, couleurs des différentes tenues et le nom des créateurs.

Umia fut distrait de ses réflexions par une clameur. Réalité était apparue dans une robe magnifique, comme cousue de lumière, un pur chef d’œuvre du Maître Substance bien qu'à son goût, trop décolletée. Elle ne portait aucun masque mais ses traits étaient maquillés de nacre. Il ne put s’empêcher de se détourner en voyant apparaître une des jambes de la jeune fille par une fente provocante. L’idée que tous les hommes présents puissent la voir ainsi était un supplice. Non, il ne retournerait pas auprès d’elle. Il ne le supporterait pas. Il avait passé des moments merveilleux mais des souffrances pires encore au point d’en oublier ses priorités. A la limite de son champ de vision, il aperçut Dyasella Lytïl qui s’éloignait discrètement. Umia plissa les yeux, réfléchissant à toute vitesse. Intéressant, la Syhy essayait de doubler Réalité. Il était tant qu’Umia prenne le contrôle de la situation.

Il hésita, accaparé par le spectacle qu’offrait Réalité. Et dire qu’il l’avait crue quand elle lui avait dit qu’elle servait de secrétaire à un ambassadeur. Elle était intelligente, c’était possible. Mais non, ce diable de Substance s’était emparé d’elle et maintenant, il l’exposait devant tous ces regards concupiscents comme une vulgaire statue. Dyasella avait quitté la salle. Umia jeta un dernier regard à Réalité. La porte s’ouvrit sur un personnage de haute stature, dissimulé derrière un masque aussi brillant que la robe de Réalité et une longue cape noire. « Substance » souffla-t-il. Le vieux démon a quitté sa tanière. L’attention de la foule se déplaça vers le nouveau venu. Le célèbre sculpteur sortait peu, c’était un événement dont tous parleraient longtemps. Umia profita de la diversion pour se diriger vers la sortie. Personne ne le remarqua. Même les gardes s’étaient regroupés contre les baies vitrées, cherchant à apercevoir le mystérieux Maître Substance. Umia quitta la salle, traversa le jardin et enjamba le muret de coquillage qui le séparait de la zone réservée à la plate-forme de décollage et repéra Dyasella dans les bosquets entourant les pistes d’envol « Il fait un peu frais pour se tapir dans les buissons Syhy.

Dyasella sursauta. Umia savoura son effet de surprise. Elle se reprit vite « Que faites- vous là ?

- Je profite de la fraîcheur de l’air nocturne. Belle réception n’est ce pas ? C’est Réalité qui m’a invité. C’est plutôt à moi de vous poser la question. Elle m’a raconté que vous comptiez partir sur Plume après la soirée et que vous l’ameniez avec elle. Elle a dû se tromper. Ou, à moitié trompée.

Dyasella se mordit les lèvres. Umia avait vu juste. « Je ne peux pas m’encombrer d’une fille de Plume » avoua-t-elle

« Mais vous allez vous encombrer de moi.

« Non » dit Dyasella avant de faire signe à Umia de se taire. Ce dernier prit soin de se caler au milieu du chemin, à l’endroit le plus en vue et de parler fort. « Et pourquoi votre grandeur se dissimule-t-elle comme une vulgaire habitante des villes souterraines ?

- Taisez-vous ! La quasi totalité des gardes couvrent la réception. Il n’y en a plus qu’un » dit-elle en désignant une ombre noire qui se perdait dans le crépuscule au niveau du port d’attache des vaisseaux des résidents de la colline. Avec un peu de chance, j’arriverais à partir sans avoir à fournir d’explications. Et je pars seule » précisa-t-elle.

Umia l’avait deviné et il comptait bien contrecarrer cette partie du plan. Il se tapit dans les buissons aux cotés de Dyasella « N’y comptez pas, je pars avec vous

- Hors de question

- Pourquoi pas ?

- Je ne vous fais pas confiance.

- Charmant, je vous rappelle qu’il s’agit de mon idée »

Dyasella se retint au dernier moment. Sous le feu de la colère, elle allait dire à Umia qu’elle ne pouvait lui faire confiance car elle savait qu’il avait révélé à Réalité sa liaison avec Orage. Umia sourit comme si il avait compris son dilemme. « Quand on se méfie de quelqu’un, il faut toujours le garder à l’œil »

Dyasella hésita à lui jeter à la figure ce qu’elle pensait de lui en ce moment. Il lui faisait un chantage déguisé. Elle s’y connaissait suffisamment en chantage pour repérer sa stratégie. Elle préféra ne pas répondre. Près de son vaisseau, le garde ne bougeait pas. Au contraire, un autre arriva à sa rencontre et ils se mirent à discuter.

« Ne pourrait-on pas juste s'avancer et décoller ? Après tout, c'est votre vaisseau. »

Umia était insupportable : « Je vous ai dit, je ne veux pas avoir d'explication à donner.

- Je croyais que la Syhy Lytil n'avait de compte à rendre à personne ? »

Dyasella l'incendia du regard. « Justement, j'ai d'autant moins de compte à rendre si personne ne me voit. »

L’attente s’éternisait. Umia avait des crampes à force de rester immobile. Plus que les gardes, il se méfiait de la Syhy et surveillait une potentielle manœuvre de sa part pour le tenir à l’écart. Les deux gardes se décidèrent enfin à s’éloigner. Sans courir, Dyasella s’avança d’un pas rapide et sur en direction de la plate forme d’envol.

Umia s’élança à sa suite, ne quittant pas des yeux l’ombre du grand vaisseau de la Syhy. Ils étaient presque arrivés quand un des gardes les interpella. Umia hésita. S’il donnait l’alerte, le champ de force de la colline serait activé et ils se retrouveraient coincés. Dyasella devait avoir prévu une explication songea-t-il. La seule solution était de s’arrêter, inventer une excuse pour expliquer sa présence ici et laisser Dyasella partir seule. Il enrageait. Il se retourna juste pour voir le garde tomber révélant la silhouette de Réalité derrière lui.

« Tu l’as frappé ! » s’exclama Dyasella révoltée, désignant le bâton toujours dans la main de Réalité.

« Evidemment que je l’ai frappé. Tu comptes rester là à en débattre toute la nuit ? Parce qu’en ce qui me concerne, je trouve les nuits d’hiver un peu longues ici. » Elle s'était changée et portait maintenant une tunique courte sur un pantalon trop ajusté et son visage était encore maquillé lui donnant l’air d’un spectre.

« Mais, est-ce qu’il est... Dyaella ne pouvait pas dire le mot. Réalité l’attrapa par le coude et la poussa vers le vaisseau. « Il est juste inconscient et je ne tiens pas à ce qu’on soit encore là à son réveil.

- Lâche-moi ! » S’offusqua Dyasella. « Nous ne pouvons pas partir en le laissant ainsi.

- Ho que si on va partir, tu auras plus facile à trouver une explication au sujet de ce garde qu’au sujet de tout ce que je pourrais raconter en ton absence si tu me laissais ici. Adieu la conseillère respectée et admirée des basses villes. »

Umia ne put retenir un sourire malgré la situation. Réalité manquait de subtilité mais elle apprenait vite.

Il avait déjà mis les moteurs en marche quand Réalité pénétra dans le poste de pilotage, traînant presque Dyasella à sa suite.

Umia préféra mettre les choses au point « Nous n’allons pas en Cashir ».

Réalité frappa du poing la commande de fermeture, sans répondre et Dyasella poussa Umia pour s’asseoir aux commandes. Elle pouvait décharger sa mauvaise humeur comme elle l’entendait, Umia avait obtenu ce qu’il voulait. Il se crispa, appréhendant le choc du bouclier magnétique mais ils quittèrent l'atmosphère des Maÿcentres sans rien ressentir. « Etape une franchie » murmura-t-il dans un soupir de contentement.


Terre : Nouveau Mexique

Les deux aspirines qu’avaient ingurgitées Thibault commençaient à peine à faire leur effet quand il entra dans le bureau du conseiller Vygosi.

« Légat conseiller » dit-il cherchant des yeux un siège ou s’écraser.

L’ambassadeur de la confédération sur Terre était un petit homme bedonnant, manquant totalement de classes, perdu au milieu d’un bureau transformé en jungle tropicale. Excepté cette végétation étouffante, le mobilier était bien choisi. Un bureau de bois clair, une petite statuette qui ressemblait aux attrapes poussières que fabriquait Marcus, un canapé confortable. Voilà ce qu’il lui fallait songea Thibault lorgnant ce dernier élément. Il ne prit pas la peine de faire attention aux sentiments de rages fusant de cette petite personne, il s’affala plus qu’il ne s’assit, sans attendre l’autorisation, tandis que le légat commençait son discours.

« Vous deviez être ici depuis plus d’une semaine ! Que faisiez vous encore ? Impossible de vous joindre en plus. »

Thibault n’écoutait déjà plus, il n’arrivait plus à se concentrer, son esprit se perdait, il était dans le désert, il voyait la montagne, et cette grotte, celle où il avait trouvé les cylindres de cette matière étrange renfermant les manuscrits d’Onirique.

« J’étais malade » répondit-il mécaniquement entendant très loin quelqu’un le questionner. « Je crois que je le suis encore » ajouta-t-il. Il dérivait. Il revint légèrement à lui sentant les menaces du légat plus qu’il ne les entendait. Il fut pris de recul en apercevant soudain son reflet dans le miroir. Il avait les traits tirés, pales, les cheveux mal coiffés. Il leva un bras, huma sa propre odeur et fit la grimace. Il avait oublié de se laver. Il se retourna vers son interlocuteur qui finissait son discours en disant qu’il ne travaillait plus ici, que c’était bien dommage vu ses potentiels mais qu’il ne pouvait se permettre de le payer pour rien.

« Vous me renvoyez ?

- Evidemment, imaginez-vous que je m’occupe d’une œuvre caritative pour faire vivre les loques ? »

Non, ça n’allait pas du tout. Il avait perdu son informateur et Accalmie était sans doute parti sur les Maïcentres, ce n’était pas le moment de perdre son poste sur la base. »

« Je vous ai dit que j’étais malade.

- Ca doit faire un an alors que vous êtes malade.

- Non, j’avais des trucs à faire

- Et puis-je savoir ce qui est plus important que votre travail ?

- Non, vous ne pouvez pas le savoir. Ce n’est pas le genre de trucs qui regarde un vieux con dans votre genre.

- Dehors monsieur Malta. » Se contrôler. Thibault n’arrivait jamais à se contrôler quand on le traitait comme un moins que rien. Il ferma les yeux, inspira profondément, rejeta sa tête en arrière et sourit, s’installant plus confortablement dans son fauteuil. « Non » dit-il calmement.

« Je vous demande pardon ?

- J’ai dit non » répéta-t-il fixant le légat dans les yeux. « Non seulement je vais continuer à faire semblant de bosser pour vous mais en plus, vous allez commencer par m’accorder des vacances car il me semble qu’il me reste un dernier point à vérifier. C’est compris ? »

***

C’était très con ce qu’il avait fait avec le légat pensa Thibault une fois sorti de l’enceinte de la base. Qu’il teste ce genre d'amusement sur les gens du coin, c’était une chose mais sur un homme des Maÿcentres, c’était vraiment stupide. Le légat n’avait peut-être pas l’air impressionnant mais d’expérience Thibault savait qu’il ne devait pas s’y fier. C’était un homme lâche et abjecte, d’une grande intelligence qui jouait de son apparence banale rassurante alors que, petit à petit, il avait grappillé un pouvoir conséquent en s’appropriant discrètement le contrôle de la plupart des systèmes informatiques. Au moindre problème avec la Terre, il était capable de couper toutes les sources d’énergie et de communications rien qu’en appuyant sur un bouton. Un jour, il devrait révéler ça à la presse. Mais pas de suite. Oui, utiliser ses nouvelles facultés, c’était con, mais c’était jouissif. Et puis, il était important de se tenir au courant des évènements qui se déroulaient ici. D’autant plus si Accalmie avait traîné ses basques dans le coin. Qu'était devenu ce gosse ? Avait-il vraiment réussi à quitter la Terre ? C’était possible. Faire le voyage et arriver sur les Maÿcentres sans se faire arrêter par contre, c’était impossible. Le voyage était trop long, il ne pourrait tenir plusieurs pilotes sous son contrôle et cela durant trois jours. Il devait en apprendre d’avantage. Quand il aurait le temps. D’abord, un dernier petit voyage. Enfin, un dernier, façon de parler, jusqu’au prochain. Et il y avait Mike aussi. Il semblait perdre les pédales depuis qu’il lui avait annoncé qu’il était possible qu’Accalmie ait quitté la Terre. Il s’était mis dans la tête qu’il devait être capable de le contacter. Que depuis les années qu’ils vivaient ensemble, il devait y avoir un lien entre eux et qu’il l’entendrait et le ferait revenir à la raison. Qu’il était comme son père. Inconscient, il n’était pas son père et ne le serait jamais. Mike était comme lui, une musique plus qu’un parfum. Thibault s’arrêta. Parfois, il y avait des idées bizarres qui lui traversaient la tête. Après tout, son arrière grand-mère était folle. Stop. Il devrait peut-être passer voir Mike. Un face à face entre eux ne serait pas un mal. Il lui faudrait un jet privé, ces temps-ci il passait sa vie dans les avions. A peine de retour aux Etats Unis qu’il repartait en France. Un jet privé. C’est envisageable. Ou tout au moins, ce devrait l’être bientôt.