jeudi 24 janvier 2008

AP : 6. Chance : Chapitre 6

6

La chance, c’est ce qu’on croit toujours qu’on n’a pas.

[Patrice Leconte]

Maÿcentres : Ambassade de Plume :

La villa Adarii était si vaste qu’Accalmie doutait d’avoir ne fut-ce que visité chaque recoin. Pourtant, paradoxalement, il commençait à croire impossible d’avoir un moment de tranquillité. Depuis que le froid était arrivé il avait renoncé à ses séances de calme sur le toit où il pouvait réfléchir à l’aise, non pas aux turpitudes de son environnement mais juste à lui. A Chance aussi. Parfois il la sentait tout proche, comme si elle se trouvait derrière un mur translucide où il ne pourrait que percevoir son ombre sans jamais l’approcher. Il retint un soupir en voyant Ambre et Jade dans le salon de Taegaïan. Il ne chercha pas à cacher son exaspération « Que faites vous ici ? ».

- Ce sont mes invités » Pluie sortit d’une des chambres et s’assit près du feu en se frottant les mains. Dehors, le jour se levait à peine. Les jardins de la villa étaient entièrement recouverts d’une couche de neige. Accalmie laissa son regard dériver sur l’horizon. « Est-il normal que la neige se cantonne au périmètre de la villa ?

- C’est joli » remarqua Pluie « Rafale et moi trouvions que le froid sans neige était inutile mais je ne vois pas pourquoi nous devrions en faire profiter tout le monde. »

Logique imparable, totalement indiscutable. Voilà le genre de détail stupide pour lequel on le harcèlerait de questions toute la journée pour avoir des explications que de toute façon, il ne donnerait pas. Rafale l’avait fait exprès pour le mettre dans l’embarras, c’était sur.

« Vous ne voulez pas aller dans le salon d’Incarada ?

- Jade y a mis un bordel incroyable... » fit remarquer Ambre

Jade se défendit « il fait trop froid pour que je fasse mes expérimentations en bas »

- Vous pouvez aller dans la bibliothèque.

- Si tu veux te geler en bas, libre à toi mais tu ne chasseras pas mes invités »

Jade se décida à poser son ordinateur « Ambre a beau se plaindre, une fois que j’aurais réparé les accumulateurs et fini les modifications sur mes nouveaux écrans isolants, nous pourrons avoir chaud dans toute la villa.

Accalmie évita de faire remarquer qu’en attendant, s’ils avaient froids c’était à cause des expérimentations ratées de Jade et qu’il ferait mieux de trouver un technicien pour s’en occuper.

Pluie s’installa entre Ambre et Jade « Et je disais donc, avant d’être interrompue, qu’Eclaircie avait chargé Grésil de s’en occuper. Evidemment, elle est ravie. Ca concorde à la fois avec ses élucubrations d’espionnage et son altruisme exacerbé mais ce n’est pas le moment. Elle est fragile. Elle change, c’est une période difficile pour elle.

- Au contraire, ça la distraira » dit Jade.

Accalmie ouvrit la porte de sa chambre et fut accueilli par un souffle glacé. Décidemment il n’y avait plus un panneau solaire qui marchait dans toute la villa. Il renonça et retourna vers le feu du salon « Rafale n’est pas capable de réchauffer aussi l’atmosphère tant qu’il y est ?

- Et après il se plaint à cause d’un peu de neige » maugréa Pluie.

Accalmie ne saisit pas le rapport.

Ambre reprit sans se préoccuper de ses états d’âme « je pense que, dans un sens, elles peuvent se comprendre, elles doivent toutes les deux s’adapter à une situation entièrement nouvelle.

Personne ne répondit mais Accalmie ressentit la désapprobation de Pluie. « D’accord ça n’a rien à voir » corrigea Ambre.

Accalmie se décida à s’approcher, de toute façon il n’avait rien d’autre à faire « vous complotez encore sur cette pauvre Réalité ? »

- On ne complote pas. On se lamente » précisa Pluie. Elle avait l’air plus fâchée que lamentée mais bon, à son aise.

« C’est un homme et une femme qui s’aiment. Point final, il n’y a pas de quoi faire une affaire d’état » fit remarquer Accalmie

« Tu vas me faire pleurer. Toi aussi tu me parais bien amoureux et je me méfie de toi autant que d’Eclaircie.

- Ne t’inquiète pas Pluie, je sais qui c’est. Pas de risque à avoir de ce coté là. »

Pluie se tourna vers Jade débordant de curiosité. « Tu sais qui met mon petit frère dans cet état ? »

Quand elle parlait de fratrie entre eux, c’était uniquement pour lui jouer un mauvais coup ou se servir de lui. Accalmie était furieux. Ne pouvaient-ils pas au moins se mêler de leur affaire ? « Jade tu te tais.

- J’ai juste dit que je savais qui c’était, je ne comptais pas dire son nom ».

Etonnamment, personne n’insista. Accalmie en fut soulagé.

« Et donc tu disais que sa mère l’avait reniée ? » Ambre avait repris sur les histoires de Réalité.

Pluie le suivit sur cette conversation « oui, je ne sais pas exactement ce que ça veut dire. Une façon de briser le lien filial qui les unisse. J’ai du mal à imaginer comment il est possible d’en arriver à une telle extrémité.

- J’ai entendu dire que vous aviez failli vous entretuer ta mère et toi ? »

Pluie avisa Jade qu’il n’avait pas besoin de s’exprimer pour relever ce genre de chose, que la situation n’était pas comparable et Ambre embraya sur Réalité avant que ça dégénère « Je croyais que Réalité était sous la responsabilité de son père. N’est-elle pas l’héritière de la guilde ? »

Pluie accepta de se calmer « Alors là, tu dépasses de loin mes compétences. Je crois que, en Cashir, les enfants appartiennent à la cité mais sont sous la responsabilité du foyer de la mère et de l’homme qui le partage mais en effet au niveau de la guilde c’est son père. En plus, comme elle est adulte elle devrait être détachée de ses parents. Je n’en sais rien en fait.

- Mais elle reste apprentie de la guilde ? »

Accalmie se leva et fit quelques pas vers la fenêtre. Cette pauvre fille venait d’être rejetée par sa mère et ce qui les inquiétait c’était de savoir si Réalité aurait encore accès aux informations de la guilde afin de pomper leurs connaissances.

Il revint vers la table et s’assit sur le tapis. « Et qu’a prévu Maître Glace pour la punir de son acte abjecte ?» dit-il sarcastique « l’emprisonner, la soumettre à un de vos chantages que vous affectionnez tant, ou juste lui faire perdre la mémoire jusqu'à ce qu’elle oublie jusqu’à son nom qui lui-même est une offense ? »

Les deux hommes et Pluie se regardèrent comme si ce mouvement d’humeur était totalement absurde.

- Tu n’es vraiment pas normal Accalmie » soupira Pluie « pourquoi ferait-on quoi que se soit ? »

Que pouvait-il répondre à ça ? Il se leva en pensant qu’il serait mieux dans le froid qu’avec eux. Jade s’était remis à trafiquer une antenne. Ambre et Pluie s’était lancé dans une conversation silencieuse et leurs cachotteries l’irrita encore plus que leurs idées extravagantes. La lumière disparut d’un coup et, malgré la baie vitrée et le feu de cheminée, la pièce sembla sombre sous le ciel plombé. Accalmie fixa Jade qui réfléchissait intensément sans doute à l’erreur qui avait dû provoquer ça. Dehors, les lumières de l’esplanade s’étaient toutes éteintes. Accalmie soupira « tu t’es relié au réseau de la colline ?» demanda-t-il à Jade même si la réponse était évidente.

« Bien sur » dit-il comme si c’était évident.

« Il te faut une autorisation pour ça et il faut que se soit reconnu d’utilité publique.

- J’ai une autorisation. »

Accalmie sortit sans plus insister. Evidemment, Jade avait une autorisation, il était capable d’obtenir n’importe quoi et la notion de librement consenti lui était totalement étrangère. Il croisa Rafale dans le couloir qui le toisa de haut en bas avec un air de mépris profond. Accalmie sourit constatant que Rafale était obligé de lever la tête pour le regarder en face. « Il n’y a plus de lumière ni de chauffage.

- Voyez ça avec Jade, Annunaki.

- Tu gères les Maÿcentres, alors tu gères leurs énergies.

Accalmie n’y tient plus « si je gère les Maÿcentres, alors ça me donne le droit de gérer aussi ceux qui y sont et je songe sérieusement à vous renvoyer tous chez vous ». Une bouffée d’angoisse l’envahit. Il se mit à trembler, ses jambes ne le soutenaient plus et il tomba aux pieds de Rafale qui se décida à ébaucher l’ombre d’un sourire. « Tu rêves là. »

Il resta encore un moment assis sur le sol gelé à chercher son souffle et reprendre ses esprits. Pluie passa devant lui se contentant de lui dire qu’il ressemblait à quelqu’un qui avait mis Rafale de mauvaise humeur. Il se releva, prit un manteau et sortit. Une longue journée l’attendait. Ce genre de journée où il devrait expliquer comment la villa avait pu pirater le satellite réseau gérant la lumière de la colline et pourquoi il y avait un micro climat neigeux au dessus de la villa. Et puis Dyasella prendrait cet air désolé, celui qu’elle prenait quand elle perdait confiance en elle et se disait qu’elle avait fait la plus grosse erreur de sa vie le jour ou elle avait décidé de s’impliquer dans les affaires des territoires Adarii. Il pensa encore à Cyril. Personne ne l’avait prévenu du scandale dont sa fille faisait l’objet. Il se demanda s’il fallait l’avertir. Il ne voulait pas que Réalité ait d’autres problèmes

Terre : Washington

« C’est une très mauvaise idée. »

Thibault hésita. Evidemment que c’était une très mauvaise idée. Il avait poussée Tempête à accepter son plan. Mais au fond, elle en était ravie. Quand elle disait que c’est une mauvaise idée, elle ne voulait sans doute pas parler de la réception. Plutôt le fait qu’elle agisse sans avoir demandé le consentement de ses supérieurs qui seraient furieux de savoir ce qu’elle avait fait. Elle avait beau être très indépendante. Elle n’en avait pas moins des comptes à rendre. Thibault l’aida à enlever le manteau de fourrure qui la couvrait. Il décida de ne pas l’influencer plus, elle finirait par s’en rendre compte. Il préféra utiliser des moyens plus classiques en précisant que maintenant c’était un peu tard pour faire demi tour et que par conséquent elle pourrait faire un compte rendu à son Maître après la réception. Il serait trop tard à ce moment pour revenir en arrière mais ça, il ne lui précisa pas. Il admira Tempête comme s’il s’agissait d’une réussite personnelle, ce qui n’était pas loin d’être le cas. Elle n’était pas très à l’aise mais il lui faisait confiance, dès qu’elle se mettrait dans la peau de son personnage, elle ferait des ravages. Il se félicita aussi pour le choix de la robe. Un fourreau bleu qui mettait en valeur en même temps ses cheveux clairs et sa peau brune. La robe était épurée mais la coupe parfaite et n’importe quel regard averti reconnaîtraient la griffe d’un grand couturier et saurait qu’elle avait coûté une fortune. Justement il n’y aurait que des gens avertis. Cette idée le fit sourire. Par réflexe, il voulut replacer une boucle rebelle qui s’était détachée de son chignon puis se reprit se contentant de lui faire remarquer ce point de détail et la laissant la rattacher elle-même. Une légère ombre passa sur ce tableau si bien préparé « Dommage que tu n’aies pas une tenue de chez toi.

- Désolé, la prochaine fois que je viens mettre la main sur un assassin, je penserais à prendre une robe du soir au cas où je sortirais avec lui. »

Le hall se remplissait. Thibault commençait à se demander si l’attention qu’on leur portait était dû uniquement à l’identité de sa compagne ou aussi au ton ironique qu’elle avait utilisé. Sans doute plutôt à l’attraction de cette langue inconnue. Depuis qu’elle avait appris que Thibault maîtrisait la langue de Plume, elle lui réservait cette langue pour tous ses sarcasmes et Thibault avait étoffé son vocabulaire d’une série de juron qu’Espoir ne lui avait jamais enseigné. Elle tendit la main et Thibault lui rendit l’étole de mousseline fine et rehaussée de reflets dorés. Ils avaient longuement hésité sur la tenue puis avaient décidés qu’elle la porterait comme les femmes de Vengeance. Ceux d’ici commençaient à savoir que la haute société de la confédération portait ce genre de coiffure. Ca lui donnerait un air à la fois d’ailleurs mais connu quand même et important.

Il avait lui-même ôté son manteau. Il avait investi dans un costume impeccable quoique classique, et avait même poussé le vice jusqu’à porter une chemise sans doute pour la première fois de sa vie mais n’avait pas pu mettre une cravate. Il se serait senti trop vieux attifé de la sorte. Il s’avança vers la salle de réception et tout en gardant ses distances, proposa à Tempête de le suivre toujours dans sa langue et avec un ton si respectueux qu’il s’en étouffa presque. Elle était toujours légèrement perdue, se demandant encore sans doute si elle agissait comme elle le devait. Pourquoi Sentiment lui avait-elle pris la tête en lui serinant que ce comportement était stupide ? Sans doute lui rabâchait-elle encore quelques reproches. Elle finit par avancer et Thibault l’attendit afin d’entrer à ses cotés.

Habitué aux traquenards, il commença à appréhender la salle de réception comme s’il s’agissait d’un champ de bataille. Il repéra les tables. Pas de buffets mais de nombreux serveurs en smoking portant coupes de champagnes et amuses gueule. Une ambiance qui puait le fric à plein nez, à la fois guindée de mondes heureux et fiers d’être là mais aussi mal à l’aise. Il faudrait encore quelques flûtes de champagnes pour détendre l’atmosphère. Le bruissement des conversations augmenta soudain ainsi que la curiosité ambiante puis les murmures s’arrêtèrent jusqu’aux derniers. Tous les regards convergeaient discrètement vers Thibault et Tempête. Thibault n’avait pas espéré une entrée discrète. Au contraire, il comptait bien se faire remarquer. C’était réussi. Il hésita sur la marche à suivre. Il s’avança, Tempête suivant son pas et remarqua avec soulagement le délégué Mitches qui venait à leur rencontre. Thibault souffla à Tempête que c’était lui qui représentait la Terre. Explication simpliste. Il y avait eu beaucoup de complication à ce niveau car la planète n’avait pas de gouvernement centralisé. Certains chefs d’états avaient souhaités parler au nom de la population entière ce qui avait été refusé. Bref, chaque problème devait être débattu avec le gouvernement du pays concerné ce qui n’était pas toujours possible et là dedans, Mitches, brillant opportuniste, s’était frayé une place comme une sorte d’ambassadeur sans en avoir le titre car il ne pouvait représenter la planète mais, sans avoir aucune place officielle, il était tout de même un contact privilégié. Thibault avait souvent eu affaire à lui. Sans avoir vraiment d’atome crochu, il respectait cet homme à sa juste valeur, c’est à dire comme quelqu’un qui pourrait lui être utile un jour. Il le salua donc avec chaleur et lui présenta Tempête qui représentait son peuple sur les Maÿcentres et qui avait tenu à faire connaissance avec le nouveau monde qu’était la Terre. Mitches s’approcha pour la saluer mais Thibault interrompit son geste lui prévenant qu’il n’était pas bienséant dans leur culture pour leur haute société d’avoir des rapports physiques ne fut ce que léger. Il accepta de bonne grâce. Cette faculté d’adaptation et d’acceptation de toutes ses petites différences était sans aucun doute un des points forts qui avaient amené Mitches à sa position actuelle. Thibault sentit Tempête laisser poindre sa contrariété. Sans doute avait-elle prévu de sonder du moins superficiellement les personnalités présentes afin d’en savoir un peu plus. Thibault sourit de sa déception. Hé non pensa-t-il si quelqu’un utilise ce moyen, c’est moi et moi seul. Il jubila à cette idée et se força à ôter le sourire stupide accroché à ses lèvres et à en revenir à Mitches qui avait entamé la conversation avec Tempête. Cette dernière était enfin entrée dans son personnage et avait quitté ses inquiétudes ou tout au moins les avait mise de côté et était si charmante que même Thibault s’y laissa prendre pendant quelques secondes. Elle sortait des banalités sur ce qu’elle avait pu voir de la Terre qui lui paraissait grandiose. Cita quelques sites surtout de paysages et la luminosité très agréable. Mitches suivait cette conversation banale regrettant qu’elle soit venue en hiver et que l’été était très agréable ce à quoi elle répondit qu’elle venait d’une région froide et qu’elle appréciait la neige. Elle admit que les journées étaient un peu courtes mais que les journées d’hiver des Maÿcentres l’étaient bien plus. Petit à petit, de plus en plus de monde se joignit à la conversation et Tempête n’en fut que plus à l’aise. Discutant de tout et de rien mais surtout le moins possible de son monde ramenant toujours la conversation sur la Terre ou parfois sur les Maÿcentres mais juste pour parler ensuite de Vengeance afin d’éviter les discussions se rapprochant trop de l’actualité de la colline du conseil. Elle était extraordinaire. Un sosie d’Espoir en plus sexy. Thibault s’en doutait mais il n’imaginait pas qu’elle réussisse aussi bien. Elle avait toujours le mot qui faut. S’était vu présentée à plusieurs dizaines de personnes et les interpellaient ensuite toutes par leur noms comme si les retenir tous ne lui demandait pas le moindre effort. Elle souriait à certains traits d’humour, hésitait à d’autres. Insistait sur son accent qui ne faisait que renforcer son charme, butait sur certains mots et faisait quelques fautes grammaticales parfaitement étudiées ou demandait aide à Thibault afin de l’aider dans quelques traductions exprimer telle ou telle idées alors qu’elle maîtrisait l’anglais à la perfection. Thibault la félicita d’y avoir pensé. En effet, elle ne devait pas avoir l’air de trop connaître la Terre. Toujours avec le sourire, faisant mine de demander une traduction elle invectiva Thibault dans la langue de Plume de voir tout ce beau monde qu’il était en train de sonder sans le moindre remord alors qu’ils restaient tous à l’écart d’elle à cause des ses idées stupides de bienséances. Quelqu’un arriva dégageant une fureur qu’il contenait difficilement. La partie devenait amusante.

Le cercle s’élargit et le nouveau venu fit son entrée. Thibault décida de prendre les devants et présenta à Tempête le légat Kyola, qui remplaçait le légat Vigosy. Il ne précisa pas que ce dernier avait fui lâchement voyant la situation se détériorer sur Terre et s’imaginant déjà qu’on risquait de lui tirer dessus. Thibault continua demandant si elle l’avait déjà croisé tout en sachant que ce n’était pas le cas. Le légat venait directement de Vengeance et même Thibault n’avait pas encore eu l’occasion de voir de quelle graine il était tiré.

« Sûrement pas non » Grogna Kyola.

Ca commençait mal. Kyola restait debout, chargé d’animosité, les bras croisés, évitant son regard. « J’ignorai même que les Adarii avaient reçu l’autorisation de mettre les pieds sur Terre »

Formidable, ça se corsait déjà. Tempête se mit à rire comme s’il avait fait un trait d’humour exemplaire « A votre façon de parler, on croirait presque que la Terre est comme une des planètes d’extraction sous votre commandement » elle cessa de rire et se mordilla la lèvre comme si elle venait de faire une gaffe « ce n’est pas le cas, n’est ce pas ? La Terre est bien indépendante et reçoit qui elle veut ? »

Le légat ouvrit la bouche et la referma. Tempête s’était tournée vers Mitches pour avoir la confirmation, lui faisant un air désolé comme si elle venait de commettre un impair. « Mais certainement dit ce dernier et vous êtes la bienvenue naturellement.

- Naturellement » reprit le légat d’une façon que Thibault interpréta comme voulant dire qu’il s’en repentirait avant peu. Thibault se retint de rire. Tempête l’épatait de plus en plus. La conversation fut coupée de façon bienvenue afin de se déplacer vers les tables. Thibault fut déçu de constater qu’il serait séparé de Tempête qui était invité à la table d’honneur où elle resterait en compagnie de Kyola.

De temps en temps, il l’apercevait souriant ou écoutant attentivement les conversations. Kyola tournait le dos à Thibault mais, en se concentrant, il percevait sa contrariété perdue dans la foule. A plusieurs reprises, il le vit se tourner et modifier quelques programmes de son bracelet contact. Il fit ensuite contre mauvaise fortune bon cœur et profita d’un excellent repas. Il apprécia d’être le point central des conversations de la table qui ne cessèrent de le questionner sur la représentante de Plume. Il se répandit en rumeur, avouant ne pas savoir pourquoi la confédération avait refusé d’évoquer l’existence du système planétaire entier, se contentant de dire qu’il avait été obligé de garder ce fait secret mais que vu les événements, il avait préféré passer outre et qu’il est vrai qu’il n’en avait pas informé le légat de la confédération mais uniquement parce qu’il n’y en avait pas encore à l’époque. Aux questions sur l’attitude de Kyola, Thibault répondit qu’il était peut-être un peu jaloux qu’elle lui vole la vedette. Il ne put aller plus loin. Il observait discrètement la table centrale et perçut une animosité grandissante de la part de Kyola. Il le vit renverser un verre, retenir un juron dans sa langue et contourner la table. Mitches et sa femme aux cotés de Tempête s’étaient rapproché d’elle pour couvrir les bruits ambiants. Kyola arriva à sa hauteur et se baissa pour lui dire quelques mots. Il le dévisagea étonné. Kyola insista et Mitches se leva. Thibault vit les deux hommes s’éloigner ensemble et sourit. « Tu peux arrêter tes menaces Mike » songea-t-il se mettant en communication avec lui « je vais te montrer comment on propage des rumeurs efficacement » Une pointe d’interrogation de Mike, il coupa le contact. Ses yeux croisèrent ceux de Tempête et il comprit qu’elle s’inquiétait. Trop tard ma belle pensa-t-il. Le légat de la confédération n’avait même pas attendu la fin du repas pour mettre Mitches en garde. Si au moins il pouvait entendre ce qu’il lui disait. Aucun doute qu’il s’agissait de l’informer des spécificités des Adarii. Mais que dirait-il exactement ? Tempête avait fait sensation et son image resterait gravée et dans la tête des invités et dans le monde entier vu le nombre de photographes de presses qui étaient présents. Kyola et Mitches avaient repris leurs places. Kyola pestait toujours intérieurement et Mitches gardait ses distances, nettement moins à l’aise. Tempête lança un regard assassin à Kyola qui enfonça plus la tête vers son assiette.

Mitches attrapa Thibault au seul moment où il ne s’y attendait pas : quand il sortait des toilettes. Il crut qu’il allait le forcer à rentrer dans les vestiaires mais il le prit par le bras d’une façon qui n’avait rien d’affectueux et le traîna dans le couloir. Un homme de la sécurité suivait mais Mitches, sans le chasser, lui demanda de rester à l’écart. « Est ce vrai ? » demanda-t-il de but en blanc.

Thibault feignit l’étonnement « quoi ? »

- Que le délégué de Plume est télépathe

- Oui » Thibault dit ça tranquillement comme s’il s’agissait d’une banalité. Mitches n’allait pas tarder à se mettre en colère aussi Thibault le devança « Evidemment, je suis au courant. Et alors ? Vous voulez lui refuser votre hospitalité, la chasser, commencer directement sur des mauvaises bases avec eux, vous mettre à dos deux mondes aussi puissants que la confédération voire plus puissant ?

- Il y a des risques à évaluer, vous auriez dû me prévenir.

- J’ai tenté de vous prévenir mais vous n’étiez pas disponible et je me voyais mal laisser cette information à votre secrétaire. » Gros mensonge mais il était rarement disponible aussi ça pouvait passer « En plus, il n’y a aucun risque, ils savent se tenir et ont tout de même une certaine moralité » il avait voulu dire une moralité à toute épreuve mais il se serait étranglé avec tel mensonge et il y aurait vite eu des démentis. « D’ailleurs, je crois vous avoir dit de rester à l’écart même si ce n’est que trop de sécurité car j’ai une totale confiance en elle » il mentait de mieux en mieux.

« Je ne peux pas garder cela secret

- Faites ce que bon vous semble, il n’y a nul secret là-dedans et certaines rumeurs ont commencé à se propager. La seule chose que je vous demande c’est que notre civilisation rende les honneurs à la leur. Je suis Terrien et je veux qu’on présente ma planète sur le meilleur jour. Nous sommes un monde évolué pas des inquisiteurs près à se lancer dans la chasse aux sorcières. » Sur ce Thibault, très digne, fit demi tour et rejoint la salle de réception. Il aperçut Tempête qui s’était levée et était toujours bien entourée, s’approcha et lui passa un bras autour de la taille. Il perçut son interrogation et lui répondit en lui ouvrant son esprit. Elle comprit qu’il s’agissait d’une manœuvre afin de bien montrer à Mitches et aux autres qu’il n’y avait rien à craindre. Elle l’accepta un moment puis retira doucement ce bras comme pour montrer que c’était lui qui l’importunait. Elle fit ensuite remarquer qu’il était tard et qu’ils pourraient suivre le mouvement de tous ceux qui s’éloignaient vers la porte et reprit son plus beau sourire pour dire au revoir aux quelques femmes qui l’entouraient. Elle avait dû parler toute la soirée séduisant tous les convives par ses paroles mais personne ne trouverait aucun élément d’information dans aucun de ses discours. Elle était vraiment douée. Il en était là alors qu’il fermait la portière de la limousine avant de faire le tour pour s’installer lui-même de l’autre coté. La vitre entre eux et le chauffeur était fermée mais elle s’exprima tout de même dans la langue de plume.

« Où en sommes-nous ?

- Mitches est venu me parler, je crois l’avoir convaincu de rester discret quand à vos pouvoirs mais Kyola a peut-être parlé à d’autres ou le fera.

Tempête ravala un juron

C’était si prévisible et la naïve Tempête ne l’avait pas vu venir et elle l’avait encore cru quand il lui disait que Mitches se tairait. Bien sur, il le dirait à tout le monde et les Adarii ne passeraient plus inaperçus sur Terre. Le seul qui passerait encore inaperçu, ce serait lui.

Tempête rejeta sa tête en arrière et soupira.

« On verra » se contenta de remarquer Thibault.

Elle releva la tête, hésita à reprendre ses paroles mais y renonça, sa frustration était assez claire.

« Autre chose, certains photographes ont pris des clichés alors que tu me tenais d’un peu trop près. »

Thibault admit. Il ne l’avait pas prémédité, s’est vrai que ce pourrait être mal interprété. Il se reprit et réfléchit mais ça s’embrouillait dans sa tête « et alors ?» se contenta-t-il de dire a Tempête juste pour voir ce qu’elle répondrait.

- Alors ils risquent de croire que nous sommes ensemble. C’est moi qui doit te parler des coutumes indigènes a présent ?

- Et alors » reprit-t-il.

« Alors ? Elle ne sut que répondre »

Lui non plus. Que se passerait-il si la rumeur d’une liaison entre eux prenait forme. Serait-ce de bon ou mauvaise augure ? D’un coté on pourrait le penser manipuler. De l’autre, elle paraîtrait plus accessible et les histoires d’amour plaisaient au peuple. A voir, a voir. Démentir n’était peut être pas judicieux. Ou alors juste laisser courir sans aller ni dans un sens ni dans l’autre ensuite, suivant l’opinion il serait possible de voir vers quoi il était plus intéressant de tendre.


Plume : Taegaïan

« C’est bien que tu sois venue »

Réalité releva la tête. Une toute jeune adolescente Adarii avait pris place à ses cotés. Elle avait une robe si fine qu’on devinait à travers des entrelacs de maquillages argentés qui n’avaient plus rien d’enfantin. De grands yeux bleus rehaussés d’or et des pierres brillantes dans les cheveux, elle fixait l’océan aussi mélancolique qu’elle.

« Annunaki Grésil, je suppose ».

Elle acquiesça. « Je suis venue car Chiffre me l’avait demandé mais je n’aurais pas dû » dit-elle en envoyant un caillou dans l’eau.

Réalité ne répondit pas. Elle se voyait mal questionner la jeune fille. Si elle voulait, elle parlerait.

« Quand je suis partie d’ici, j’avais des amis. Beaucoup d’amis et j’aimais ces fêtes. Je me faufilais dans ses réceptions et avec les autres enfants, je m’imaginais être une espionne ou quelque chose du genre »

On aurait dit qu’elle parlait comme si elle était déjà grand-mère alors qu’elle avait à peine onze ans « Une espionne doit se cacher, et personne ne la remarque. Maintenant, on s’écarte sur mon passage et me traite comme… » Elle chercha ses mots « comme ma mère » finit-elle par dire ne trouvant pas mieux.

« On vous traite comme une Adarii, c’est tout. N’est-ce pas ce que vous êtes ?

- On m’évite, on ne me parle pas, on a peur de moi.

- C’est une marque de respect, ils sont juste impressionnés »

Réalité était mal à l’aise. Juste sortir de chez elle l’inquiétait. Elle sentait le regard des autres posés sur elle. Ils se détournaient comme si elle était une pestiférée. Elle non plus n’aurait pas dû venir. Quand elle avait reçu l’invitation à la réception que donnait le marchand Mangue pour le retour de son fils, elle avait été si heureuse de voir enfin quelqu’un qui ne lui tournait pas le dos qu’elle avait revêtue sa plus belle tenue avec l’idée folle que tout aurait pu redevenir comme avant. Non seulement tout le monde gardait ses distances, mais en plus elle craignait de se retrouver face aux Adarii. Eclaircie se voulait rassurant. Il disait que personne ne lui ferait la moindre remarque. Elle ne le croyait pas. Il venait chez elle mais elle refusait obstinément d’être vue en public à ses côtés, elle avait trop peur du regard des autres. De même, elle refusait d’approcher la villa de crainte des réprimandes potentielles. On lui avait dit que le Maître Glace désirait la voir. Elle n’y avait pas été. Du coup, elle avait encore plus peur. Refuser une convocation de cet ordre était très grave mais elle n’arrivait pas à surmonter ses craintes. Sans doute la renverrait-il en Cashir mais ce n’était plus chez elle, sa mère le lui avait clairement dit. Elle n’avait nulle part où aller.

Elle fit quelques ronds dans le sable du bout des pieds puis ramena ses jambes en tailleurs sur le petit muret ou elle était assise laissant les pans de sa robe aller librement jusque sur le sable.

Grésil n’avait pas bougé. Dans la cours, derrière elle, la fête battait son plein. Réalité avait le cœur gros, elle aurait voulu danser mais personne ne l’inviterait.

« Je ressens la même chose que toi » dit Grésil en soupirant.

Réalité reporta son attention sur la fillette qui n’en était plus une. « Je ne pense pas non.

- Qu’en sais-tu ? »

Sa mélancolie avait disparu. On avait mis en doute ses compétences, elle ne le supportait pas. Réalité crut bon de se justifier. « Ils vous respectent, je leur fais horreur.

- Je répète ma question, qu’en sais-tu ? »

Réalité ne répondit pas. Elle avait beau être Adarii ou Annunaki et en posséder les pouvoirs, sans doute ne pouvait elle encore comprendre.

« Non je ne suis plus une petite fille » dit-elle en se levant et s’approchant si près que Réalité fut obligée de se pousser pour éviter son contact. « Je vais te dire ce que je voie : je vois des gens qui ont peur de moi et qui sont impressionnés, qui ne savent pas comment agir et qui préfèrent se détourner plutôt que de risquer une erreur. Et pour toi, c’est exactement pareil.

- La cause est différente. »

Grésil haussa les épaules « quelle importance la cause, c’est le résultat qui me fait souffrir. La cause, je ne peux même pas m’en plaindre, j’ai découvert autre chose et je ne voudrais plus redevenir une petite fille. »

Réalité commençait à comprendre. Oui, dans un sens ce n’était pas bien différent. Si c’était à refaire, probablement aurait-elle agi de la même façon. Non, ce n’était pas vrai, elle serait peut-être restée mais jamais elle n’aurait révélé sa relation avec Eclaircie mais elle ne le regrettait pas. Elle assumait juste les conséquences de son amour. Un amour qui valait toutes les souffrances. Elle se tourna vers Grésil qui assise à ses cotés battaient des pieds afin de faire voler quelques grains de sables.

« Les gens ne me considèrent pas comme un monstres ou une horreur quelconque ? »

Grésil secoua la tête sans la lever. « Nous sommes les protecteurs de Taegaïan. Crois-tu que nous laisserions un monstre libre dans la cité ? Je n’ai rien ressenti de tel. Sans doute te considèrent-ils comme quelqu’un de différent et d’impressionnant car tout ce qui est différent les impressionne. Sans doute n’approuvent-ils pas. Ils s’habitueront sans doute plus vite à toi qu’à moi »

Réalité n’avait pas vu les choses sous cet angle. Elle tenta d’intégrer ces nouvelles informations.

« C’est Eclaircie qui vous a demandé de venir me dire ça ? »

La petite fronça les sourcils, c’était la question de trop. Elle avait beau se plaindre de son sort, elle n’en demeurait pas moins ce qu’elle était et n’accepterait pas qu’elle fasse preuve de trop de familiarité.

Maître Glace t’a demandé de venir » dit-elle d’un ton froid.

Réalité se mordit la lèvre et ferma les yeux sentant ses craintes remonter « il va me renvoyer en Cashir ?

Elle la regarda comme si elle avait dit une absurdité « Pourquoi ferait-il ça ?

La réponse semblait si évidente que Réalité ne put même pas la formuler.

« Ho, pour te séparer d’Eclaircie. Ce serait bien son genre mais dans ce cas, il l’aurait fait depuis longtemps. Maintenant que tout le monde le sait, c’est un peu tard ».

Réalité se demanda si cela voulait dire que Maître Glace savait déjà l’existence de sa relation avec Eclaircie depuis le début. Cette idée lui fit froid dans le dos.

« Tu sais que Maître Glace est le frère d’Eclaircie ? »

De la façon dont elle avait dit cette remarque, Réalité comprit que sans doute il ne pouvait y avoir aucun secret entre les deux frères et ses craintes augmentèrent encore. « Mais alors, si ce n’est pas pour me chasser que veut-il ?

- Jamais je ne permettrais de lui demander une telle chose et tu ferais bien de ne pas me poser ce genre de question » elle quitta son air offusqué pour repartir dans sa mélancolie et soupira « C’est désespérant à quel point on ne me dit jamais rien » Réalité sourit peut-être qu’en effet elle avait quelques point commun avec cette jeune fille.

Merci » dit-elle.

Grésil ne demanda pas pourquoi. Sans doute le savait-elle. Cette petite lui fit de la peine soudain. Elle l’aurait bien prise dans les bras pour lui donner un peu de réconfort. Sans doute en avait-elle besoin mais personne ne le ferait. Elle vérifia que personne ne les regardait et s’approcha doucement pour lui permettre de reculer si elle en éprouvait le besoin. Elle ne bougea pas et Réalité lui posa un baiser sur la joue comme on le faisait aux enfants.

Elle sourit et Réalité se leva. « Je vais aller voir Maître glace maintenant »

Grésil approuva de la tête et la rappela alors qu’elle faisait demi-tour.

« Tu sais le plus absurde dans l’histoire ?

Réalité ne répondit pas, elle percevrait son interrogation de toute façon. La petite reprit « On s’éloigne de moi parce que je sais lire les pensées. Mais je suis Annunaki, le contact importe qui, je suis capable de les percevoir à distance.


AP : 6. Chance : Chapitre 5

5

"L’égalité des chances, c’est pour ceux qui ont de la chance."

[Denis Guedj]

Maÿcentres : Ambassade de Saphir-Plume

La porte claqua et Accalmie songea avec impatience au moment où ils se décideront à rentrer chez eux et à le laisser gérer en paix ses affaires ici. Il finit par lever la tête ne ressentant pas l’aura de puissance qui entourait Rafale. Il eut à peine le temps d’apercevoir Pluie qu’elle disparaissait dans sa chambre pour revenir deux minutes plus tard juste le temps pour lui de se remettre de son étonnement. Elle maugréa quelques mots en plusieurs langues au sujet du manque de chauffage et changea les réglages des panneaux chauffants.

« Tu n’es pas censé être sur Terre toi ?

- Est-ce que j’ai l’air d’y être ? » Dit-elle sans se retourner. Sa sœur était toujours aussi aimable.

- J’ignorais que tu arrivais c’est tout.

- Parce que j’ai besoin de prévenir avant d’entrer chez moi maintenant » continua-t-elle de plus en plus agressive. Accalmie se débarrassa de ses documents. Jade lui avait un jour dit en parlant de Pluie : ce qui est vraiment insupportable chez elle, ce n’est pas sa mauvaise humeur constante, c’est le fait qu’elle en fait profiter tout le monde. Il comprenait mieux se qu’il voulait dire maintenant qu’il s’était habitué à vivre dans un milieu qui n’agressait pas son empathie. Après une journée à subir les émotions et le stress du bâtiment du conseil, il aimait se retrouver au c alme.

« Si tu veux du chauffage alors oui, il faut prévenir » répondit-il sur un mode aussi agressif qu’elle.

Elle s’étonna de sa réaction et s’assit auprès de lui, attrapant au passage le chocolat chaud qu’il avait laissé près du feu pour le maintenir à bonne température.

Elle s’apprêta à dire quelque chose mais Rafale entra au même moment

« Tu n’es pas censé être sur Terre, toi ?

- Vous vous êtes donné le mot

- Qu’est-ce que tu fais là ?

Accalmie sentit sa sœur hésiter entre répliquer une de ses cinglantes remarques comme quoi elle était chez elle ou répondre poliment. Il espérait qu’elle choisisse la première option mais elle se força à ravaler ses sentiments. « Crayon et Miroir ont ramené Grésil et Chiffre sur Plume comme vous l’avez ordonné.

- Et toi ?

- Moi ? Je suis descendu ici quand ils se sont posés pour prendre Chiffre. Si vous voulez mon avis nous aurions dû le garder ici. Je n’aime pas savoir Chiffre et Grésil ensemble. Surtout maintenant. C’est une période difficile pour Grésil. Elle est fragile.

- Non, ton avis ne m’intéresse pas. Pourquoi n’es-tu pas sur Terre ? »

Elle se servit un chocolat et commença à boire. « J’y suis allé, j’ai vu Thibault, il a accepté de nous aider, Grésil a confirmé sa bonne foi et je n’avais plus aucune utilité pour faire des recherches sur une femme ou quelque chose d’approchant que, si jamais par un miracle on pouvait trouver, il suffirait qu’elle fasse un pas pour disparaître à l’autre bout de la galaxie. Que vouliez vous que je fasse de plus ?

- La retrouver et l’empêcher de faire un pas

- Très drôle » répondit-elle reprenant une nouvelle gorgée. » Sentiment me remplace, c’est suffisant. En plus Thibault a alerté la presse, si j’étais restée, Thibault serait mort de mes mains à l’heure actuelle. C’est ce que vous vouliez ? »

Rafale allait répliquer mais elle l’en empêcha. « Je n’aime pas la Terre, j’ai fait ce qu’on m’a dit, j’y suis allée, je suis revenue. Affaire classée. »

Accalmie sourit discrètement. C’est qu’il commençait à apprécier sa sœur. Il regarda dehors si le ciel n’était pas en train de se couvrir, prémices d’une colère de Rafale mais la nuit était déjà tombée et il ne discerna qu’un écran noir. De toute façon il se contenta de marmonner qu’elle aurait tout aussi bien pu continuer avec Grésil et rentrer sur Plume.

Elle ne releva pas se contentant de remarquer qu’il y avait beaucoup de mouvements dans la villa.

« Je fais refaire les appartements Azlan pour Tiyana » dit Accalmie. Le visage de Pluie s’illumina à cette perspective. « Tu espères que je déménage » demanda Rafale.

- Nonnn »

Même Accalmie percevait l’intensité de ce mensonge.

Rafale se pencha pour être à la hauteur de Pluie « encore un mot de trop et tu rentres sur Plume. C’est compris ?

- Compris Annunaki » dit-elle avec plus de sincérité.

Rafale disparut dans sa chambre et Pluie et Accalmie restèrent un moment en silence. « Je suppose que cette histoire de rénovation veut dire que Maître Matinée nous fait l’honneur de sa visite ?

- En effet

- Et bien sur, il ne m’aurait pas prévenu comme à son habitude. Et tu ne voulais pas l’avoir ici ? »

Accalmie n’osa pas répondre. Il ignorait les relations entre Pluie et Matinée. « Très bonne initiative » finit-elle par dire.

« Et moi, j’ai le droit de te demander pourquoi tu es revenue ?

- Toi » dit-elle le pointant du doigt « tu es une véritable ordure, et tu as de la chance que je n’ai pas été là le jour où tu es réapparu pour foutre le bordel dans l’élection de Dyasella car je t’aurais étripé de mes mains. Rafale s’imagine que c’est une bonne idée de te laisser là, à moins qu’il n’ose pas avouer qu’il ignore comme se débarrasser de toi mais crois moi, tu ne t’en tireras pas comme ça, je vais te surveiller, tu m’auras sur le dos en permanence, tu…

Accalmie la coupa « C’est pour ça que tu es revenue ?

- Non, je suis revenue pour faciliter le lien avec Tempête maintenant que Sentiment n’est plus ici pour le faire. C’était plus pratique.

- Tu ne pouvais pas juste dire ça à Rafale ? »

Pluie sourit « Mes chamailleries avec Rafale n’avaient pas l’air de te déplaire ».

Accalmie ne pouvait le nier.

« Je sais que je ne devrais pas lui parler ainsi, » reprit Pluie « en plus, je l’aime bien mais il ressemble tellement à son père que ça me fait mal à chaque fois que je le vois. »

Accalmie n’osa pas répondre. Avoir sa sœur qui lui parlait ainsi, ouvertement, et de choses si intimes, juste après l’avoir rabroué. C’était…bizarre.

« Où en es-tu ? » continua-t-elle.

« Je suis les directives de Rafale je parle au nom de Plume pour exprimer de toutes les façons possibles qu’aucune concession ne sera possible sur rien »

Elle fronça les sourcils. « Ne me fais pas croire que tu te limites à si peu ?

Il hocha la tête « J’essaie de me faire une position intéressante. C’est plutôt facile. Créer certaines alliance en particulier avec ce qu’ils appellent les mondes excentrés »

Pluie acquiesça. « Gentry est toujours là ?

Oui » il ne voulait pas en dire plus il évitait l’ambassadeur de la Terre qui se prenait encore pour son grand père alors que, quand il vivait avec Mike, il ne portait aucune attention à lui.

« Et avec Dyasella ?

- Ca va

- C’est tout ?

- J’ai eu un moment délicat mais maintenant, ça se passe bien, je pense que Maître Matinée n’aura pas de mal à faire passer ses directives. »

Elle continuait à le fixer comme s’il avait omis quelque chose et décida de mettre les points sur les I « non, je n’ai aucune vue sur Dyasella. J’ai une profonde estime sans doute plus que vous ne pourriez trouver convenable et c’est peut-être justement car je suis le seul capable d’avoir une certaine estime pour eux que vous me laissez faire.

- Ne te vexe pas, je me demandais juste quelle fille te mettait dans cet état. »

Accalmie se renversa sur le tapis se forçant à oublier son obsession pour Chance.

N’y a-t-il pas moyen de garder une certaine intimité ici ? »

Pluie soupira « Ho non et crois moi, on ne s’y habitue pas.

- Voila qui ne me rassure pas. Tu me racontes comment ça s’est passé avec Thibault ? »

Sa mauvaise humeur remonta d’un coup « T’avait-il déjà parlé de moi ?

- Il m’avait dit qu’il te connaissait.

- Et ?

- Rien de plus.

- Bon, alors, pour résumer. Lui et moi, on ne s’aime pas. Il m’exaspère, je ne le supporte pas et la Terre est un monde que je déteste au plus haut point, malheureusement, à cause de ton intervention, Dyasella sera élue, Hytyl ne le sera donc pas et la Terre ne sera pas réduite à néant. C’est suffisant pour t’expliquer mes dernières semaines ?

- Non.

- Hé bien tu t’en contenteras quand même.

Terre : Nouveau Mexique

« Tu pourrais au moins m’écouter » s’exclama Tempête. Thibault soupira il aurait voulu marcher plus vite mais il craignait que Revanche ait du mal à suivre. Il répondit en Espagnol. « J’ai écouté : Tu m’as dit que mon comportement était scandaleux et inadmissible. Ensuite tu as décrit à quel point mon petit jeu avait rendu Sentiment furieuse, surtout quand elle avait voulu sortir de sa chambre et qu’elle s’est retrouvée bloquée par une cohorte de journaliste et que combe du comble, j’avais non seulement réussi à me faufiler tout en passant inaperçu avec Revanche mais qu’en plus, je l’avais narguée. Ensuite tu as pesté encore un peu sur mon infantilisme tout en te culpabilisant de ne pas y avoir pensé. Et peut-être aussi avec une légère admiration sous jacente pour avoir réussi une telle mise en scène.

- Tu surestimes tes capacités, jamais je n’ai pensé le dernier point. Maintenant, tu fais demi-tour et tu obéis, plus vite que ça. »

Thibault s’arrêta. « non » dit-il. Il quitta d’un coup son animosité. Il en faudrait peu pour créer un peu d’animation ici. Il obligea Tempête à se taire tandis qu’il attrapait son portable qui vibrait depuis un moment dans sa poche. L’étonnement en entendant la personne à l’autre bout du fil se présenter comme la secrétaire de la maison blanche lui fit lâcher Tempête qui repartit dans ses argumentations. « Veuillez patienter » dit Thibault avant de reprendre pour Tempête dans la langue des Maÿcentres « tu as voulu que je me fasse remarquer afin de servir d’appât. Très bien, je me suis fait remarquer. J’ai obéi au risque d’avoir Ninhoursha et Dya sur le dos. Affaire classée. Qui puis-je si votre tactique minable n’a pas fonctionné ? Elle s'en fout de moi.

- Tu ne réfléchis décidemment jamais. On ne t’a jamais caché que tu servais d’appât pour Ninhoursha et toi, tu files seul avec Revanche. Et qu’adviendrait-il si elle apparaissait ici ? Penses-tu sincèrement que tu ne mets pas la vie de Revanche en danger ? »

Il n’avait pas pensé à cela. Ca faisait un bon bout de temps qu’on le voyait partout et ses craintes s’étaient relâchées. C’est vrai qu’il avait agi bêtement. Il reprit le téléphone « veuillez me rappeler dans cinq minutes » dit-il avant de raccrocher sans écouter la réponse. Tempête continuait « j’admets que ça fait un moment maintenant et je pense sincèrement que si elle était sur Terre, elle se serait manifestée. Elle doit donc être assez loin pour ne pas avoir entendu parler de ta nouvelle popularité. »

Thibault la coupa. Elle ne comprenait rien. « Tu raisonnes comme une personne sensée, pas comme Ninhoursha. Elle est folle à lier et incapable de tenir une idée plus de cinq minutes. Si elle n’a pas oublié jusqu’à mon existence, elle s’en désintéresse sans doute comme d’une mouche qui l’aurait effleurée cinq ans auparavant. » Tempête n’y croyait pas. Elle ne pouvait pas comprendre, elle n’avait pas vécu au coté de cette calamité totalement dénuée du moindre sens logique. Cependant, il devait admettre qu'elle n’avait pas tort, il ne fallait faire courir aucun risque à Revanche. Il se tourna vers le jeune garçon qui, quelques pas plus loin, regardait les décorations de noël des vitrines des magasins avec émerveillement. Son téléphone vibra à nouveau. « Allo » répondit-il sans même dissimuler son agacement.

La secrétaire recommença son baratin. « Bien sur que non ça ne l’intéresse pas » dit-il bien décidé à faire passer sa mauvaise humeur sur quelqu’un. Il se reprit et jetant un œil à Tempête. « Attendez, ce n’est pas si sûr, je lui demande.

Tempête, tu n’as jamais pensé à conquérir la Terre ? »

Bien sur qu’elle y avait pensé. Thibault expliqua que c’était une image, « quitte à être ici vous pourriez peut-être profité du chaos pour vous faire une petite place. »

Ca y est il avait attiré son attention. Comment foutre le bordel par Thibault Malta songea-t-il avant de reprendre son téléphone « patientez » dit-il avant de reprendre pour Tempête. « Voilà, je t’explique. Ici, c’est la merde puissance mille. Tout le monde est déstabilisé. La confédération, après avoir été vue comme l’attraction du millénaire, n’a pas profité de sa popularité en restant retranché dans leurs bases et puis, admettons le, ils n’ont rien d’impressionnant. Maintenant l’heure est à la méfiance. Il faut garder les contacts avec les autres mondes mais on s’en méfie. Petit à petit quelques magouilles sont mises aux jours. Je pourrais en révéler quelques unes supplémentaires, à voir si c’est opportun.

« Abrège » dit Tempête

« Voilà, imaginons qu’il y ait une grande réception avec tout le gratin. Pas le genre de petite sauterie mais le style officiel, peut-être même avec le président des Etats Unis voir quelques chefs d’état. Imaginons que tu y ailles dans une très jolie robe, combien de temps penses-tu avoir besoin pour que tout ce beau monde tombe sous ton charme ? Et quand je dis charme, je pense aux deux sens du terme évidemment. »

Tempête réfléchissait, il avait réussi à flatter son ego. Elle souriait ayant tout à fait perdue de vue leur dispute.

« Au moins plusieurs secondes » finit-elle par dire comme si cette déduction était le résultat d’un puissant calcul mathématique. Thibault reprit son appel. « Je viendrais en compagnie de l’Adarii Maniya représentante des territoires de Plume…

Non, je ne suis pas chez moi et je n’ai pas reçu l’invitation mais j’ai pris note, alors faite de même ». La secrétaire lui posa une multitude de questions qui lui fit regretter d’avoir accepté. Il se tourna vers Tempête « Elle demande si Adarii, c’est un titre ? »

- Non » dit-elle avec empressement. De toute façon, les Adarii ne savaient même pas ce qu’était un titre sur Terre.

« Je dis oui » dit Thibault, « ça fait bien ».

Les questions à la con « non, je ne peux pas vous dire comment s’écrit Maniya vu que ça ne s’écrit pas. Oui c’est ça, faites comme vous le sentez. Si elle a un prénom ? Oui, Tempête. Il se reprit. A force de passer d’une langue à l’autre il commençait à s’embrouiller. « Storm » dit-il traduisant son nom en anglais.

« Oui, pareil que la Tempête.

- Ma belle » dit-il en lui tendant son bras, « il ne nous reste plus qu’à te trouver une tenue qui mette en avant cette parfaite silhouette ». Il attrapa la main de son fils de l’autre main. Une vraie petite famille pensa-t-il. Restait à savoir ce qu’il ferait de cette soirée.

-


AP : 6. Chance : Chapitre 4

4

Si un mec voit passer la chance et qu’il ne l’attrape pas, c’est vraiment un imbécile.

[Coluche

]

Plume : Taegaïan

Réalité s’arrêta et tomba assise sur le tapis. Elle n’avait jamais autant parlée. Sa mère n’arrivait toujours pas à se détendre. Elle lui resservit à boire. Elles venaient de faire une grande promenade. Elle espérait qu’elle puisse se détendre, sans succès. Elle voulait partir d’ici au plus vite. Réalité n’était pas pressée. Cette maison lui manquerait. Elle commençait à s’y sentir vraiment à l’aise. D’un autre coté, elle était pressée de revoir Cashir. De retrouver ses amis. La servante qui venait tous les jours entra avec une provision plus importante de nourriture. Sa mère avait beau se plaindre que c’était une honte qu’on ne daigne pas la recevoir mais sa présence était prise en compte. « Suivant le désir que vous avez formulé, nous avons refait les réserves d’eau du navire et chargé les provisions de produits frais.

- Bien, je m’arrangerais avec ton maître pour le paiement

- Il n’y a pas de paiement ni quoi que se soit de similaire et Maître Glace n’a pas émis le désir de vous recevoir » Jamais Anaïa n’avait été traitée avec si peu de considération. Elle avait sans doute quelques mots à formuler et Réalité imaginait très bien pourquoi Maître Glace refusait de la voir. Il valait mieux pour tout le monde qu’elle garde ses insultes pour elle. Elle était encore persuadée qu’il la retenait de force. Ils avaient les moyens de la ramener, ils avaient dit que ses parents ou plutôt son père pouvait venir mais sans préciser que les mondes extérieurs avaient bloqué la flotte après l’excursion de Cyril, sans doute pour couper tout contact entre les deux continents. Ensuite, ils avaient retrouvé son père. Eclaircie le lui avait dit et elle n’avait même pas évoquer le désir de partir. Peut-être l’aurait-on reconduit si elle l’avait demandé. Elle regarda sur la table basse un fin vase et une rose rouge. On ne trouvait pas ce type de fleur ici, mais il y en avait beaucoup en Cashir. Elle s’approcha. La fleur n’était pas là avant leur promenade, elle en était sûre. Il y avait un pendentif en or qui brillait le long de la tige. Le pictogramme d’Eclaircie reconnut-elle en souriant le cœur gros. Oui, elle laissait plus que sa maison en partant. Elle soupira en revenant au monde réel. La servante attendait toujours. « Y a-t-il autre chose ? » demanda-t-elle

« Maître Glace vous souhaite un bon retour mais vous rappelle que sa proposition tient toujours »

- De quoi parle-t-elle ? » Reprit sa mère encore plus suspicieuse.

La servante sans doute vexée d’entendre Anaïa parler avec tant de hargne sortit sans un mot de plus.

« On m’a proposé de rester ici et de faire le lien avec Cashir

- Jamais « s’offusqua sa mère

« Je n’ai pas dit oui. C’était une idée c’est tout

- Et tu as refusé.

- Oui, bien sur. » Oui, elle avait refusé, il y avait longtemps. Sa vie n’était pas ici mais en Cashir, elle devait être raisonnable. Elle ne pouvait plus se cacher sous de faux prétextes pour rester. Elle rentrerait chez elle, appendrait auprès de son père jusqu’au jour où elle sera prête à le remplacer. Elle ne dirait à personne ce qui lui était arrivé ici. Elle n’irait plus dans les grandes réceptions que les marchands des domaines pouvaient organiser lors de leurs retours mais elle rencontrerait d’autres personnes, retrouverait des amis dont elle se souvenait à peine du nom. Sa mère lui parlait. Elle lui proposait de partir de suite mais c’était plus qu’une proposition. Elle avait été heureuse comme une gamine de lui montrer l’endroit où elle vivait. Elle avait voulu lui présenter ses nouveaux amis mais elle était restée fermée, persuadée qu’elle était ici prisonnière d’une façon ou d’une autre. Elle ne pouvait démentir, ce serait avouer qu’elle aurait pu rentrer mais ne l’avait pas fait.

Elle avait passé son plus beau sari. Cadeau d’Eclaircie. Elle crispait ses doigts contre le tissu comme si par ce contact elle pouvait le retrouver. Elle avait dit adieu à sa maison. Elle aurait voulu dire au revoir aux personnes qu’elle connaissait mais sa mère n’en voyait pas l’utilité. Eclaircie, elle savait qu’elle ne pourrait pas le revoir. Il le savait aussi. Il était parti, disparaissant dans la cohue, sans lui dire au revoir. C’était mieux ainsi. Elle garderait l’image de leur dernier repas et de la façon dont il avait avoué qu’elle pouvait lui manquer. Il lui manquerait, plus que tout. Elle avait pris aussi la rose qu’il lui avait offerte. Elle la serrait si fort en traversant la cité que quelques gouttes de sang perlaient sur la paume de sa main meurtrie par les épines. Ca n’avait pas d’importance. Au contraire, la douleur la distrayait de ses pensées. Elle croisa quelques personnes. Elle leur présenta rapidement sa mère et ses frères mais Anaïa la pressa afin de rejoindre le navire. Il y avait encore beaucoup de curieux sur le quai. Il y avait de quoi ces bateaux étaient leur fierté. Cashir était le peuple de la mer. Elle laissa sa mère puis ses frères monter à bord, savourant ses dernières secondes sur ce sol qu’elle avait appris à aimer. Une certaine douceur de vivre disait Eclaircie. Elle l’aurait presque ressentie. Et elle le vit. Il était venu, restant à l’écart, assis sur le mur de la digue. Il ne la regardait pas, mais il était là. Il n’aurait pas dû. Réalité était forte, elle l’avait toujours été. C’était la fille du maître de la guilde du souvenir de Cashir qui embarquait dans un vaisseau plus beau que tous ceux des territoires Adarii. Ce n’était pas une fille qui pleurait pour un rien. C’était la faute d’Eclaircie si elle ne pouvait même plus présenter l’image qu’elle voulait d’elle. Sa mère la pressait de venir. Elle se rendit compte qu’elle était restée paralysée, comme si le temps s’était arrêté. Elle se força à faire encore un pas, grimpant sur le pont. Elle peinait, marcher était difficile. Elle regarda sa mère et ses frères. Son petit frère paraissait inquiet, sa mère lui demanda ce qui n’allait pas. Elle ne devait pas se retourner mais c’était plus fort qu’elle. Eclaircie n’avait pas bougé, un peu à l’écart du monde. Il la regardait maintenant.

« Viens » lui répétait sa mère. Elle ébaucha encore un pas mais sa ravisa. Relevant d’une main le tissu de son sari, elle se mit à courir. Eclaircie s’était levé. Elle se précipita vers lui ne reprenant ses esprits qu’au dernier moment, elle s’arrêta net à un mètre de lui. Sa mère criait. Elle ne l’écoutait plus. Le silence autour était devenu trop pesant pour être réel. Que faisait-elle là ? Il fallait qu’elle trouve quelque chose à lui dire maintenant. Quelque chose qui pourrait expliquer son comportement. Non, c’était à lui de parler, il fallait au moins qu’il lui donne l’autorisation de parler, mais il ne disait rien. Sans doute était-il aussi surpris qu’elle. Tous ses regards posés sur eux, qu’allaient penser ces gens ? Elle ferma les yeux, elle allait se mettre à pleurer, son menton tremblait et elle ne le voulait pas. Elle se força à ouvrir les yeux et regarder Eclaircie. Lui aussi avait les yeux brillants comme s’il allait pleurer. Il ouvrit la bouche plusieurs fois sans arriver à articuler quoi que se soit. Il prit une grande inspiration, renifla et essuya négligemment son visage de sa manche comme s’il chassait quelques poussières et non comme s’il s’essuyait les yeux. « Reste » dit-il fermement.

Réalité sentit son cœur lâcher. Elle se tourna vers sa famille. Sa mère horrifiée avait pris sa tête dans les mains. Elle n’était pas bête, elle avait dû deviner depuis le début. Un de ses frères souriait. Comprenait-il seulement ? Elle ne pouvait en voir d’avantage. Eclaircie se mordait les lèvres, ébaucha un mouvement vers elle mais se retint. « Reste » répéta-t-il. Elle se sentait déchirée, elle n’était plus capable de réfléchir et se laissa guider par son désir, elle franchit l’ultime espace qui les séparait prenant le visage de son amant dans ses mains pour déposer un baiser sur ses lèvres. Il frissonna et se recula instinctivement. Elle crut qu’il allait la rejeter, mais il se ravisa. D’un geste brusque il l’attira contre lui et l’embrassa à son tour avec toute la passion dont il était capable.

Maÿcentres : Ambassade de Plume

Le temps s’était couvert. Le vent avait arraché le capuchon du manteau d’Accalmie. Il pressa le pas vers la villa et soupira de soulagement en se retrouvant chez lui. Plumeau attrapa le manteau qu’il lui tendait en regardant la pluie qui commençait à tomber à l’extérieur. Un éclair pourpre traversa le ciel. Elle sursauta. Elle hésita à poser une question. Accalmie perçut une pointe de curiosité mais elle se ravisa et fit demi-tour. Il fut soulagé. Il avait besoin d’un peu de calme. Les journées au complexe du conseil étaient fatigantes. Il traversa le salon d’accueil cherchant refuge dans la bibliothèque. Il pensait s’y retrouver au calme, C’était mal pensé. Ambre était là, assis par terre devant un sofa avec Rafale qui arpentait la pièce de long en large. Accalmie fit rapidement un parallèle entre le mauvais temps et l’humeur massacrante de Rafale et ébaucha une fuite stratégique. Dans humeur massacrante il y a massacre et il commençait à savoir qu’avec Rafale ce n’était pas que métaphore « Tu restes là » dit Rafale avant qu’il n’ait eu le temps de faire un pas de plus.

Ambre s’était concentré dans le découpage de graines de tournesol. Sans doute lui aussi aurait-il aimé être ailleurs « Je ne suis pas sûr que se soit réellement si dramatique » dit-il avec une inquiétude qui ne lui ressemblait pas, disséquant une autre graine qu’il ne mangea même pas. Tout d’un coup, Accalmie avait beaucoup moins envie de s’en aller. Quelque chose résistait enfin à Rafale songea-t-il avec plaisir. Ce dernier l’incendia du regard mais ne dit mot. Accalmie haussa les épaules, s’assit à coté d’Ambre afin de lui demander des explications tandis que Jade entrait à son tour avec un enthousiasme très limité. Il jeta un œil à Ambre qui lui répondit sans doute par télépathie ce qui n’était pas pour satisfaire la curiosité d’Accalmie. « Si c’est grave » s’exclama Rafale en réponse à leur conversation silencieuse.

Jade se forçait à réfléchir afin de peser ses mots pour répondre « Eclaircie a toujours été ainsi. Il est amoureux de toutes les filles qui passent. »

Rafale pointa Jade du doigt et ce dernier recula aussi inquiet que s’il s’était rendu coupable d’un méfais pire que d’habitude et culbuta dans un fauteuil d’une manière si peu naturelle qu’Accalmie comprit qu’il avait dû être obligé d’agir ainsi

« Déjà, les frasques d’Eclaircie, j’ai du mal à les supporter mais là, il ne s’agit plus d’une amourette discrète. Il l’a reconnu ouvertement devant toute la cité.

- Vous savez » reprit Jade, « Réalité est une fille bien et…

Accalmie avait compris. « Réalité, c’est bien la fille de Cyril, celle que vous retenez…

- Nous ne la retenons pas. Si elle reste, c’est de son plein gré. »

Accalmie se mit à rire sous le regard horrifié de Jade et Ambre. « Vos petits jeux de séduction pour garder Réalité sont en train de se retourner contre vous. Une simple femme du peuple a fait tourner la tête d’un de vos hommes ! »

Un coup de tonnerre éclata si proche qu’Accalmie préféra se taire momentanément même s’il ne pouvait s’empêcher de sourire. Le regard que lui lança Rafale renforça cette idée. « Tu ferais bien de t’occuper de Dyasella toi et des Maycentres en général.

- Je suis déjà allé régler cette affaire.

- Et tu comptais attendre encore combien de temps pour me faire ton rapport ? »

C’était étonnant aussi que Rafale le laisse tranquillement vaquer à ses occupations pendant si longtemps. « Vous l’avez dit, je m’occupe des Maÿcentres. Moi et seulement moi. Je ne vois pas pourquoi je devrais rendre des comptes à qui que se soit à ce sujet »

Rafale se prit la tête dans les mains. Les filles n’avançaient pas avec Thibault, Marcus Substance restait introuvable, Eclaircie se faisait remarquer avec Réalité et Accalmie faisait sa forte tête le narguant ouvertement.

« Puisque vous semblez vous délecter de ce genre de potin, Dyasella a choisi de s’associer à Thaïs Umia pour sa campagne. » reprit ce dernier

- Umya précisa Jade.

- Leur histoire de I et Y, je n’ai rien compris.

- Ca marche par statut

- Vous croyez qu’on a rien de mieux à faire pour l’instant que de palabrer sur un nom ! » Rafale reprit plus calmement en se tournant vers Accalmie « je croyais qu’on avait dit qu’elle s’associait avec toi. »

En effet, Rafale connaissait peu la politique des Maÿcentres. Normal, il sortait peu de la villa et ne prenait pas la peine d’essayer de comprendre leur culture. Par contre, Accalmie apprenait vite. Cet avantage lui serait profitable « Je ne peux pas être ambassadeur et conseiller et si vous voulez garder Plume et Saphir indépendant, je ne peux pas prendre un place de quelqu’un de la confédération. » En plus, le but de la manoeuvre était de rendre Dyasela éligible. C’est fait mais cela il ne le dit pas à voix haute espérant que Rafale ne le perçoive pas. Il était déjà suffisamment de mauvaise humeur.

« Dans ce cas, pourquoi ne reste-t-elle pas seule ?

- Je ne pourrais vous l’assurer mais je crois qu’elle a une relation avec Umya ou du moins certains sentiments. Le genre qu’on n’avoue pas en public ici. Sauf quand on s’appelle Eclaircie » ajouta-t-il plus doucement avec une pointe de sarcasme.

Rafale ne releva pas cette impertinence. C’était enfin une bonne nouvelle. Depuis le début, sa hantise était qu’Accalmie tombe sous le charme de Dyasella. Elle était belle, elle était intelligente, elle était forte. Il était faible, ignare, venant d’une culture sous développée et en plus amoureux mais vu comment il en parlait ce ne devait pas être d’elle. Au moins, si elle avait déjà quelqu’un il y avait des chances qu’elle s’en contente. Et Eclaircie avait une multitude de filles, pourquoi ne s’en était-il pas contenté ? C’était une idée de Mutine ce jeu de séduction stupide et il avait fini par accepter. Il s’en sentait coupable. Trahi par son meilleur ami tandis qu’Accalmie avait beau s’opposer à lui sans cesse et mener sa vie en solo, il ne se débrouillait pas mal du tout même si il n’avait pas du tout apprécié qu’il débranche les caméras afin de mener ses réunions tranquilles.

« Autre chose ?

- Je vous l’ai dit, se sont mes affaires et je les gèrerais à ma manière. De toute façon vous avez dit que Plume et Saphir ne souhaitaient se mêler de rien. »

Rafale avait envie de lui faire ravaler son impertinence. Il serra les poings se forçant à ignorer le regard provocateur d’Accalmie avant d’avoir un geste qu’il regretterait. Il était impératif que les Adarii garde une place sur les Maÿcentres. Et il devait s’y résoudre, personne n’était plus apte qu’Accalmie à s’adapter à leur culture « Il compte attendre la fin du monde avant cette élection ou quoi ?

- Il reste la réunion des chefs d’état »

- Quelle réunion ?

- Celle où chaque candidat discute avec chaque chef d’état fin d’établir ensemble un projet que le candidat une fois élu sera tenu de respecter »

C’était intéressant ça. Pourquoi Accalmie faisait-il exprès de garder pour lui ce genre d’information ? Rafale ne pouvait pas passer sa vie à surveiller ses pensées « et quel plan as-tu décidé de lui soumettre ? »

Accalmie prit un air très choqué. « Moi, voyons Annunaki, je ne peux pas me mêler de ça, je ne suis qu’un simple ambassadeur, je n’en ai pas le droit et j’ai bien suivi vos instructions précisant que personne ni de Plume ni de Saphir ne se déplacerait pour si peu. »

Rafale serra les poings. Accalmie tout craché, il faisait toujours ce qu’on lui disait mais avec des interprétations très personnelles uniquement pour assurer son autorité. Il ne demanda comment ferait la Terre, il ne doutait pas que pour eux, même si ça dépassait complètement les fonctions d’Accalmie il aurait réussi à arranger le problème trouvant un représentant quelconque. Si, il le savait en plus. Miroir l’avait informé de rumeurs sur l’existence d’une nouvelle personnalité Terrienne. Comment s’appelait-il ? Mitches. Il devrait se renseigner aussi par Tempête sur ce nouveau personnage. Il ne pouvait se fier à Accalmie. Il prenait très à cœur son rôle d’ambassadeur mais uniquement pour résoudre ses problèmes personnels. Et ça l’amusait. Il ne le cachait même pas. Ambre et Jade s’en étaient rendu compte mais avaient au moins la présence d’esprit de se taire. Rafale explosa, sa voix se perdant dans un nouveau coup de tonnerre. « Tu vas arrêter de jouer au plus malin avec moi. Si tu es là, c’est uniquement parce que je te le permets. Ces négociations ont peut-être une quelconque importance mais si tu ne les mènes pas suivant notre intérêt, j’écraserais ces petits peuples aussi arrogant que primitif et j’inclus la Terre dedans ! »

Accalmie se sentit tirer en arrière. Il n’avait plus osé ne fut-ce que respirer quand Rafale s’était mis à hurler. Il se laissa entraîner jusqu’au salon de réception par Jade et osa enfin reprendre son souffle. Les éléments étaient déchaînés à l’extérieur la pluie frappant les vitres avec une force qu’il n’imaginait pas possible avant d’avoir fait la connaissance de Rafale.

« Ca lui arrive souvent ce genre de petite saute d’humeur ? »

Jade n’apprécia pas son humour. « Tu le cherches aussi. Ca fait des semaines que je te dis d’arrêter de le narguer ainsi. Il peut être d’une patience et d’une souplesse surprenante mais il y a toujours un moment ou tu le payes. C’est Rafale. Comme pour renforcer ses dires un coup de vent violent traversa le salon et Accalmie tomba à terre. Rafale se retrouva devant lui « Tu diras à tes conseillers de pacotille que Maître Matinée viendra défendre les intérêts de Saphir et Plume dans leur petite sauterie » il insista en pointant Accalmie du doigt « et si tu as le malheur de faire preuve du moindre de tes jeux d’esprits avec lui, je m’occuperais personnellement de toi et Jade prendra ta place car je n’imagines pas que tu puisses encore assumer la moindre fonction après le traitement que je te réserve ».

Accalmie eut la présence d’esprit de ne pas relever mais Jade ne put s’empêcher de s’inquiéter « je ne veux pas…

- Je ne t’ai pas demandé ton avis. »

Rafale continua sur sa lancée vers ses appartements et jade ne put que répondre « oui Annunaki » trop bas pour être entendu.

La tension se relâcha légèrement et Jade se laissa tomber sur le tapis. « Ne le mets plus dans des états pareils »

Accalmie accepta. Il avait été un tout petit peu trop loin. Il devait apprendre à doser mais Rafale devait aussi apprendre que son autorité finissait la où commençait la sienne. On lui avait confié les mondes extérieurs, il s’en chargerait mais à sa manière et sans personne dans son dos. Un souffle d’air froid le fit encore frissonner. « Je peux dormir chez toi » demanda-t-il à Jade, « mon colocataire est de très mauvaise humeur »

Jade sourit à la plaisanterie « Ca lui sera passé avant ce soir par contre, veux-tu un conseil concernant ta tranquillité ?

- Je veux oui.

- Profit de l’absence de Sentiment pour déménager ses affaires hors des appartements du territoire d’Azlan et charges Plumeau responsable pour les réaménager pour Tiyana. Elle te fera une tête de déterrée voire, si elle est dans un mauvais jour, te suppliera pour ne pas prendre cette responsabilité mais surtout tu n’en tiendras pas compte. Dis-lui juste qu’il faut que se soit somptueux.

- Pourquoi ?

- Ca incitera peut-être Rafale à déménager. Ce qu’il aime dans les appartements de Taegaïan, c’est la vue. Il y a la même dans ceux d’Azlan rebaptisé pour Tiyana et surtout tu éviteras de te retrouver avec Maître Matinée. »

Accalmie avait suivi ces histoires d’organisation sans trop comprendre où il voulait en venir. Progressivement il saisissait le schéma de pensée. Il ne lui manquait qu’un détail : « Pourquoi Maître Matinée de Tiyana se retrouverait-il dans les appartements de Taegaïan ?

Jade attendit avant de répondre comme cherchant une information sur le visage d’accalmie « tu n’as pas encore saisi les parentés de Matinée » se décida-t-il à dire.

« Faut voir, viens en au fait, je te dirais »

Jade lui mit la main sur l’épaule se dirigeant vers l’escalier. « Tu as vu ta sœur, maintenant tu vas faire la connaissance de ton frère et surtout ne t’attends pas à des effusions » Il continua sur sa lancée le laissant seul. Il reprit une réflexion qu’il n’avait pas achevé concernant l’idée de se trouver un petit pied à terre tranquille quelque part, loin. Plumeau entra dans le salon toujours inquiète et suspicieuse. Elle garderait sans doute cet air là jusqu’à ce que les éclairs à l’extérieur aient repris une teinte plus classique. « L’Adarii Jade a dit que vous vouliez me voir ?

- Oui, j’ai une mission de confiance pour toi.

- J’en suis honoré et m’en acquitterais le mieux possible » Ca étonnait toujours Accalmie de constater qu’elle pouvait être réellement honorée qu’on lui confie une responsabilité qu’elle qu’elle soit même si elle était méfiante concernant le contenu.

« Je veux qu’on rénove les appartements Azlan pour Tiyana. Tu es libre de te servir de tout le mobilier que tu trouveras et de te faire aider mais il faut que se soit digne du Maître Matinée. »

Plumeau se décomposa comme prévu et Accalmie se félicita d’avoir suivi le conseil de Jade. Si Matinée mettait Plumeau dans cet état, il valait mieux qu’il soit très loin de lui frère ou pas.

Elle balbutia quelques mots incohérents ne pouvant refuser mais en ayant cependant très envie. Tant qu’il était dans les changements, il ajouta qu’elle pouvait aussi lui arranger une pièce, n’importe laquelle afin d’être réservé à son usage personnel.

« Un peu comme le foutoir de l’Adarii Jade ? »

Elle avait hésité sur le terme de foutoir mais l’avait utilisé vu que tout le monde, même Jade, appelait ainsi une pièce débordant de tout le matériel électronique qu’il avait pu récupérer pour ses expériences et qu’Ambre avait envoyé là-bas ne supportant plus d’avoir le salon si envahi. Depuis Jade passait ses journées enfermé là-dedans dans diverses expériences qu’Accalmie partageait volontiers durant ses temps libres. « Un peu comme ça oui » il réfléchit et reprit. Non mieux. Il me faudrait deux pièces. Un salon correct donnant sur l’extérieur et une autre pièce attenante. » Ainsi il pourrait avoir un endroit pour recevoir sans avoir Rafale sur le dos pour le surveiller et un endroit pour lui « Mais occupe-toi de Tiyana d’abord. Priorité oblige » dit-il avec le sourire devant l’inquiétude de la domestique qui devait déjà imaginer les représailles si tout n’était pas impeccable. C’est qu’il commençait à s’y faire à sa petite vie ici.